1 an, c’est à la fois long quand on se remémore toutes les choses accomplies pendant les 365 derniers jours. Mais c’est aussi, paradoxalement, passé à une vitesse terrifiante.

Le début du voyage : l’arrivée à Buenos Aires avec les 5 compères, la découverte de la Patagonie, le volontariat chez Nahuel et Shannon me paraissent très loin désormais. Mais leurs souvenirs sont encore intacts. Imprimés dans ma mémoire à côté de tant d’autres : des personnes et les instants à leur côté, des visages et des sourires, des paysages et leurs couleurs, des sons et des odeurs …

En 1 an j’ai eu le temps de découvrir le voyage à 6 puis 5, puis à 4, à 3, puis en couple et enfin en solo. Et aussi de comprendre les différences que cela induisait. En solo la flexibilité, la liberté de mouvement et de décision sont de grands avantages lorsqu’on cherche une certaine autonomie. Ce qui est beaucoup plus compliqué, voir même impossible lorsqu’on est plusieurs. A contrario en groupe (qu’il soit grand ou petit) apporte un certain réconfort, un état d’esprit général qui m’a beaucoup plus. Mais le voyage à plusieurs a ses limites et il faut gérer les envies et les humeurs de chacun – y compris la sienne !

En 1 an j’ai aussi découvert la notion de volontariat et ce que cela pouvait vouloir dire. Au total plus de 3 mois en volontariat dans 3 endroits très différents avec des définitions là encore bien différentes. Le volontariat, pour moi, va chercher bien plus loin que le simple rapport travail contre logis et/ou nourriture. Dans certains cas, les personnes proposant un volontariat voit la notion s’arrêter strictement à ce troc. Pour moi le volontariat est aussi l’occasion d’échanges d’idées et d’apprentissage de nouvelles compétences et savoir-faire ; de découvrir de nouvelles manières de vivre ; de confronter ses points de vue et manières de penser…

Pour finir, en 1 an, j’ai eu le temps de parcourir 6 pays et plus de 25 000 km, que ce soit en bus, en voiture, en stop, en bateau, à vélo ou même à pied. J’ai dormi chez des personnes qui m’ont accueilli grâce au Couchsurfing mais aussi dans une cinquantaine d’auberges de jeunesse, et tant d’autres hôtels et logements que je n’ai pas compté. J’ai eu le temps aussi de consommer des tonnes de riz, des centaines de kg de viande (parce que l’Amérique du Sud est un énoooorme consommateur de viande), de découvrir des plats, des fruits, des légumes, des jus et autres saveurs exotiques et qui m’étaient inconnues.

Bref, au-delà de quelques chiffres qui servent surtout à ce la raconter un peu, pendant 1 an j’ai appris. Car le voyage, c’est comme l’école, mais en accéléré : on prend un paquet de leçons et on en apprend tous les jours…

Le voyage c’est apprendre

Le verbe « apprendre » en voyage signifie souvent se tromper. Se tromper c’est quelque chose qui arrive tous les jours. Pourquoi ? Parce qu’on perd ses repères lorsqu’on est loin de chez soi, dans un pays qui nous est étranger. Sans ces repères c’est plus difficile de prendre la mesure des choses, de connaitre l’échelle des prix par exemple. C’est le cas à chaque fois que je vais dans un nouveau pays. Mais se tromper a quelque chose d’enrichissant et surtout d’instructif à mes yeux. Se tromper ça veut dire aussi enlever une possibilité, et logiquement se rapprocher de sa réussite, de son but.

En voyage on apprend aussi à porter une attention particulière à chaque choix que l’on fait. Car, généralement hors de sa zone de confort, réfléchir aux choix que l’on va faire permet déjà d’éviter de se créer un tas de problèmes et de se mettre dans des situations hasardeuses. Mais c’est également indispensable dans un univers limité : celui du sac à dos par exemple. Les choix sont très importants lorsque l’on n’a que 3 t-shirts pendant 1 an. Vouloir ramener quelques souvenirs ça veut dire plus de poids dans le sac et moins de place. Cela soulève une question que je me pose quasi quotidiennement : Qu’est-ce que je veux vraiment ? C’est le même fonctionnement pour le budget. En réfléchissant aux choix que je fais aussi souvent que je peux je me rends compte un peu plus de la portée de mes actions et me rend compte que chaque choix est un véritable acte politique.

Voilà tout pour 1 an : ni plus, ni moins

Comment ne pas se lasser ?

C’est vrai qu’au bout de plusieurs mois d’aventure on pourrait facilement se lasser. Après avoir vu les chutes d’Iguaçu, le Machu Picchu, le Salar d’Uyuni, le lac Titicaca, les montagnes multicolores du Nord-Ouest Argentin, les volcans chiliens, le plus grand glacier du monde, des treks plus magnifique les uns que les autres … est-ce que je peux voir des choses encore plus impressionnantes ? Peut-être, je ne sais pas. Mais en tout cas il y une chose que j’essaye de garder en tête, même si je l’oublie souvent : ce sont les émotions qui font le voyage et non les lieux ! Parfois c’est dans des lieux tout à fait banals que se produisent les choses les plus mémorables. Le stop par exemple est un véritable générateur d’émotions. Certains moments, tout à fait anodins, au bord d’une route sans intérêts, restent gravés au même titre que le souvenir du site archéologique le plus connu du monde.

Le problème aujourd’hui, c’est qu’on vit dans un monde de l’image. Les voyageurs, souvent, s’acharnent à chercher la photo parfaite, la photo qui impressionne, celle qui ira bien sur Instagram ou bien un blog (et je m’inclue bien sûr parmi ces personnes). Comme le disais Sylvain Tesson pendant sa retraite de 6 mois dans une cabane de Sibérie : « penser qu’il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l’intensité d’un moment ». Seulement, c’est quelque chose que j’ai compris très tard – au bout de 8-9 mois de périple – lorsque j’ai préféré me séparer de mon appareil photo au profit de mon humble téléphone. C’est souvent le problème dans ce monde du paraitre. Instagram en est l’emblème. Ce lieu où règnent les likes et les vues. Cet ogre de l’exhibition pose le problème de la distension de l’image. Cela marche aussi, dans une moindre mesure, pour les blogs de photos. Tout cela donc, va un peu à l’encontre de l’idée du voyage et il est, malheureusement, très difficile de se débarrasser de ses mauvaises habitudes de prendre une photo avant même de profiter du moment. Car ce qui restera graver dans la mémoire ce n’est sans doute pas la belle photo dont on est fière mais plutôt l’émotion du moment vécu. Et d’ailleurs lorsque l’on me demande « quel a été le moment le plus fort de mon voyage jusqu’à présent ? »  ce sont généralement des instants infotographiables.

Ne jamais comparer. Voilà une autre règle que j’ai apprise pour éviter de se lasser. C’est important de ne pas le faire en voyage et surtout lorsque celui-ci est long car c’est le meilleur moyen de devenir blaser et de ne plus profiter du moment. Garder un œil neuf, une certaine naïveté – celle que l’on avait lors des premiers jours – est la clé de la découverte et de l’émerveillement continuel. Très récemment j’ai découvert une très belle cascade dans le Nord du Pérou, près de Chachapoyas. Une chute d’eau sur 2 étages de plus 700m de haut. En comparaison aux gargantuesques chutes d’Iguaçu, cet endroit ne fait pas le poids. Mais lorsqu’on prend ce lieu dans son unité, sans émettre aucune comparaison, il possède un charme sans précédent. J’essaye donc désormais, même si là encore c’est très difficile et il faut constamment lutter contre de mauvaises manies que l’on peut avoir, de découvrir de nouvelles choses sans aucunes attentes particulières et de me tenir au maximum à cette situation de Gilbert Keith Charleston que nous avions écrit dans un article il y a 10 mois : « le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir ».

Les gargantuesques chutes d’Iguaçu

Le voyage c’est aussi intérieur

C’est aussi un changement de mentalité, un changement de la vision qu’on a du Voyage et de ce que l’on veut en faire. 3 mois après être arrivés en terre sud-américaine, nous écrivions, avec Florian et Gus, un article sur notre conception du voyage (http://les-globeurs.fr/conception-du-voyage/) qui semblait poser les bases d’une sorte d’autocritique en direct de ce périple.

Aujourd’hui, même si je me retrouve dans beaucoup de chose, c’est tout de même avec un léger sourire que je relie cet article dans lequel je note quelques petits décalages. Je me souviens qu’au début du voyage j’avais l’intime volonté de vouloir sortir de ma zone de confort : dormir dans des gares, faire du stop même sous la pluie étaient mes lubies. Je me suis très vite rendu compte que le fait de posséder un petit pécule rendait ce genre de choses impossibles. En effet, pourquoi m’embêter à aller dormir dans une gare lorsque je pourrais me payer, pour même pas 10€, un logement. A présent, l’envie principale, réside plus dans l’idée de liberté et d’aventure. J’axe plus mon voyage sur ces deux notions. Par exemple, l’achat d’une tente au bout de 4 mois a certes ajouté 2,5kg à mon sac à dos, mais a été déterminant et même nécessaire dans cette recherche de liberté. Pouvoir dormir n’importe où, n’importe quand est un privilège. Cela me permet désormais de sortir plus facilement de ses fameux « sentiers battus ». Par la même, la tente a permis d’augmenter ce degré d’aventure qui me plait tant : avoir la possibilité de camper dans des endroits improbables et incroyables… C’est peut-être ces moments-là qui resteront gravé les plus fortement dans ma mémoire et c’est peut-être aussi comme ça que je définirais le voyage. L’aventure c’est le voyage. Et pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour partir à l’aventure. A côté de chez soi avec un radeau, un vélo, un âne ou même sa paire de chaussures, c’est possible et c’est ça le plus excitant : pouvoir voyager même tout près de là où l’on habite.

Finalement, avant de partir je m’imaginais que le voyage me permettrait de voir des paysages époustouflants, des gens incroyables, des ruines fabuleuses, des animaux extraordinaires… Mais aujourd’hui je me rends compte que ce n’est que la partie immergée de l’iceberg, seulement le nappage du gâteau. En réalité c’est bien plus que ça. En fait c’est tout le reste du gâteau, c’est les 90 autres %. Sorte de voyage intérieur, le Voyage commence lorsqu’on arrive à passer outre ces choses-là rendant possible l’ouverture d’esprit sur des problématiques générales que l’on ne s’est jamais posé. Il te permet d’avoir ce recul nécessaire permettant, non pas de répondre aux questions que tu te posais avant de partir mais plutôt de gagner en perspective, prendre du recul par rapport à la vie que l’on mène en France et par rapport à sa situation. Finalement la question a un peu changé. Au début du voyage c’était « qu’est-ce que je veux faire dans la vie ? ». Aujourd’hui elle ressemblerait plus à « qu’est-ce que je préfère dans la vie ? ».

Itinéraire du voyage :

https://planificateur.a-contresens.net/itineraire/75252

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1 an de voyage
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Un avis sur « 1 an de voyage »

  • 2 mars 2019 à 12 h 43 min
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    Putain, 1 an. Quelle claque quand on regarde dans le rétroviseur ! Nos adieux à Iguaçu sont maintenant loin, tant de choses se sont passées depuis. Je ne parle même pas de nos premiers pas sur le continent, à Buenos Aires et en Patagonie.

    Ton article est infiniment riche d’idées, mais il est surtout le reflet d’un an d’expériences et de réflexions sur le voyage que tu voulais mener. Je partage entièrement ton idée que le voyage, ce sont des émotions avant d’être des lieux. Arriver à cette conclusion prend du temps, et finalement peu de monde y parvient. Tout ce que tu racontes ici peut paraitre évident ou facile à mettre en œuvre. Pour m’y être confronté, je peux dire que la réalité est tout autre. Déjà, parce que nos perceptions évoluent. Ensuite, parce que se donner les moyens de ces idéaux fantasmés de voyageur libre n’est pas une mince affaire. Cela nécessite du courage et de l’abnégation pour faire face aux incertitudes que confère cette effrayante liberté.

    Effectivement, cette fameuse « conception du voyage » a bien évolué entre nos rêves d’avant-départ, nos premières semaines de vadrouille et celle que tu as aujourd’hui. Et elle évoluera probablement encore au fur et à mesure de ton périple! Sans nul doute, tu es le globeur qui a le plus réussi à tendre vers ce mythe du voyageur à la fois libre, émerveillé et responsable et, par opposition -un peu binaire certes-, à s’éloigner des chants de sirènes de l’industrie touristique. Tu peux en être fier car finalement ça doit être une assez faible proportion des voyageurs qui parviennent à s’en extirper, à l’image d’Ulysse et de son Odyssée.

    Avoir conscience du monde qui t’entoure et du voyage vers lequel tu veux tendre n’est pas aisé, mais se donner les moyens d’y parvenir est une tâche bien plus ardue. Tout le monde n’en est pas capable à mon avis. A mon sens, je n’y suis pas parvenu au cours de mes six mois. Je ne sais pas si c’est un échec, en tout cas, une leçon de vie. Bravo à toi d’y parvenir. En attendant le jour de nos retrouvailles, je ne peux te souhaiter qu’une chose : garder cette capacité d’émerveillement et de réflexion – autant intime que politique – sur le voyage. Buen viaje amigo !

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