Comme beaucoup de français de ma génération j’imagine, le nom de Pinochet m’évoquait jusqu’à peu une lointaine dictature, sans qu’il me soit possible de le rattacher à des évènements précis. En passant plus d’un mois au Chili, nous avons pu comprendre l’histoire récente de ce pays, encore meurtri et divisé par son passé. Petit retour en arrière.

 

En 1970, les chiliens sont appelés aux urnes afin d’élire leur nouveau président. En pleine guerre froide et après trois candidatures infructueuses, le candidat de l’Unité Populaire Salvador Allende devient le premier président socialiste élu démocratique d’Amérique latine (et du monde par la même). Avec 36% des voix, il obtient une majorité relative face à l’ancien président conservateur Jorge Allessandri et le démocrate-chrétien Ramodiro Tomic.

 

Statue de Salvador Allende : 1er président socialiste élu démocratiquement en 1970. Son mandat s’est brutalement arrêté en 1973 avec le coup d’état de Pinochet.

 

En prenant le pouvoir démocratiquement, Salvador se démarque des autres régimes marxistes de l’époque, promettant une transition pacifique vers le socialisme « avec un goût d’empanadas et de vin rouge ». Son programme repose alors sur une nationalisation des industries de cuivre (secteur clé du pays), sur une accélération de la réforme agraire et sur une politique internationale anti-impérialiste. Cette arrivée au pouvoir n’est pas pour plaire aux États-Unis, Henri Kissinger, le Secrétaire d’État du Président Richard Nixon, déclarant alors : « je ne vois pas pourquoi il faudrait s’arrêter et regarder un pays devenir communiste à cause de l’irresponsabilité de son peuple »

Le gouvernement américain cherche alors à affaiblir le pouvoir d’Allende, en réduisant drastiquement les aides qu’il versait au Chili (à l’exception de l’armée), en finançant l’opposition de droite chilienne, allant même jusqu’à payer 2$/j les grévistes pour bloquer le pays. Couplée à une politique monétaire expansionniste, cette stratégie de déstabilisation portera rapidement ses fruits avec une inflation et une récession forte dès 1972. La pénurie grandissante contribuera à diviser le pays entre les opposants à Allende et ses partisans, de plus en plus radicaux. Des affrontements entre milices d’extrême-gauche et d’extrême droite plongent alors le pays au bord de la guerre civile.

Dans ce contexte explosif, le 11 septembre 1973 est marqué par un coup d’État militaire, officieusement soutenu par les États-Unis. La Marine s’empare à l’aube de la ville portuaire de Valparaiso alors que l’armée assiège le Palais de la Moneda (palais présidentiel) à Santiago. Pour la première et unique fois de son histoire, l’armée de l’air chilienne est mise à contribution… pour bombarder le siège présidentiel. Le soir même, Allende est retrouvé mort. La thèse officielle, toujours inculquée dans les écoles aujourd’hui, conclut au suicide d’Allende. Mais l’engagement, la dextérité et la loyauté du président chilien s’opposent à cette version. Dans son dernier discours, quelques heures avant sa mort, il déclara à la radio : « je payerai par ma vie la loyauté du peuple chilien ».

 

Le Palais de la Moneda.

 

S’en suit 17 ans d’une dictature sanglante où les opposants au régimes sont persécutés, arrêtés puis portés disparus. Durant ces années le Plan Z permet au pouvoir de Pinochet de contrôler la communication du pays et donc de dérouler la propagande de la dictature. La DINA (la police politique chilienne de la dictature) quant à elle avait pour but de semer la terreur dans tout le pays grâce aux enlèvements et aux disparitions des persona non gratta du pouvoir politique à la tête du pays. Car pire que la mort pour les opposants au pouvoir et leurs familles : la disparition. « Du jour au lendemain votre père, votre tante, votre fils ou votre sœur pouvait disparaitre et vous n’avez plus jamais de nouvelles de lui. […] Le pire c’est l’attente, de ne pas savoir « [1]. En effet en tant qu’opposant au régime vous risquiez d’être enlever à l’aube, emmener dans une prison (parfois le stade municipal), détenu, torturé puis emmené par hélicoptère et jeté au large des côtes chiliennes ou bien en plein désert, au Nord du pays.

 

Pendant 17 ans, plus de 3 200 chiliens ont trouvé la mort, dont 1 200 personnes qui sont encore portées disparues. 28 ans après le Chili panse encore les plaies de cette période sombre de son histoire et où Augusto Pinochet garde encore une très bonne image aux yeux de près d’un tiers des chiliens.

 

L’histoire récente du Chili, et par la même celle de la dictature de Pinochet, est relatée dans le Musée de la Mémoire et des Droits de l’Homme. Musée inaugurée par Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili dont le père a disparu pendant la dictature. Ce musée reste néanmoins très controversé notamment par toute une partie « négationniste » du pays pour qui toutes les tortures et disparitions n’ont jamais existé et ne sont qu’un leurre de l’opposition pour égratigner l’image du général Pinochet.

 

Gus et Cédric

 

[1] Témoignage d’une victime de la dictature.

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28 ans après, le Chili panse encore les plaies de la dictature
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Un avis sur « 28 ans après, le Chili panse encore les plaies de la dictature »

  • 25 août 2018 à 22 h 49 min
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    Merci les garçons pour ce texte
    Ne jamais oublié où la folie des hommes portées par des intérêts financiers peuvent amener

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