La pluie tombe drue. Nous attendons Nahuel chez qui nous nous apprêtons à séjourner. Réfugiés sous le porche d’un magasin d’El Bolson, nous faisons nos adieux à Lola avant de rejoindre la chacra (la ferme) de nos hôtes, où nous serons volontaires pour les semaines à venir. Après un mois de nomadisme en Patagonie, nous allons enfin pouvoir poser nos valises sacs à dos.

Dans un étrange mélange d’impatience et d’anxiété, les minutes passent. Les moments d’attente sont, paradoxalement, parmi les plus riches en voyage. On observe, on écoute et on prend le temps. On pense aux 4 semaines qui viennent de s’écouler et à l’expérience de volontariat qui nous attend. Nous dévisageons les passants à la recherche de notre hôte. Près de nous, un gars barbu posait sa voix sur sa guitare. Nahuel arrive, enfin! Notre première expérience de travailleurs volontaires peut commencer.

C’est à 7 km d’El Bolson, ville pittoresque aux airs tolkeniens située au nord de la Patagonie, entre le Rio Azul et les montagnes préandines, que vit depuis 5 ans un couple argentino-américain d’à peine une trentaine d’années : Nahuel et Shannon. Dans ce cadre relativement coupé du monde extérieur, ils ont décidé d’y installer leur foyer et leur ferme, la « Chacra Repuyen ». Aujourd’hui, nous venons nous y nicher quelques temps avec pour objectif de renouer avec une vie plus sobre, plus simple, plus authentique, loin des sentiers touristiques – sentiers que nous avions suivi jusqu’à présent – et surtout au contact de ceux qui le vivent au quotidien et que nous aimons appeler les « locaux ». On espère aussi que ce sédentarisme nous permettra de s’ancrer dans un lieu étranger afin qu’il ne le soit plus.

Magnifique vallée du Rio Azul, avec ses couleurs automnales

Nous logeons dans une petite maisonnette destinée aux volontaires de passage, « El Ranchito ». C’est la première des quatre habitations qui composent la Chacra. Ici, pas de connexion internet, de télévision ou d’électroménager. L’eau chaude et le chauffage se méritent : couper son bois et allumer son feu font partie des tâches journalières.

Eloignés de notre confort habituel, nous regardons nos hôtes avec admiration et respect. Leur maison, semble être une œuvre de vie en perpétuelle construction, un peu à l’image de la Sagrada Familia de Barcelone. Ils la bâtissent depuis plus d’un an à la force de leurs bras, et avec l’aide des dizaines de volontaires comme nous. La maison s’avère méticuleusement construite à base de matériaux naturels présents sur la propriété (paille, bois, pierres…). Tenants des circuits-courts, nous sommes ravis d’apporter notre pierre à l’édifice…

La 100% « fait maison » de Nahuel et Shannon

Récit d’une journée type

Réveillés par les vocalises matinales du coq (toujours mieux que le klaxon d’une voiture) et l’air glacial qui transperce les murs de notre bicoque à l’isolation sommaire, nous trouvons réconfort autour de la table du petit-déjeuner. Le café chaud fait à la chaussette et les tartines de Dulce de Leche (cette « confiture de lait » qui ferait pâlir Ferrero) marquent le début de notre journée. La matinée est souvent propice à la lecture, à la rédaction de notre journal de bord, à quelques balades bucoliques par beau temps, le long des eaux bleues du Rio Azul ou bien au visionnage d’un épisode de série : The Office ou Twin Peaks. Après le déjeuner, volontiers pris sur la table extérieur, près du hamac et de la balançoire de guingois, l’après-midi est alors le temps du travail volontaire. Le principe est simple : en échange d’environs 4h30 de travail quotidien (avec repos le weekend), le couple nous offre le gîte. Reste donc plus qu’à payer les courses, Nahuel nous ravitaille chaque semaine : aux alentours de 12€ par personne et par semaine seulement. Un véritable soulagement pour nos bourses qui en avaient pris un coup à travers cette Patagonie somme toute onéreuse.

L’un de nos travaux préférés : les feux !

Généralement, lors de nos travaux quotidiens nous ramassons de la paille, coupons du bois, débroussaillons, brûlons les ronces, creusons puits et tranchées, cueillons des fruits et des légumes, transportons des rondins de bois, isolons la maison avec la mezcla (mélange d’argile, de paille et de sable confectionné sur place)… L’on se sent utile, car en l’espace d’une simple journée on peut voir le fruit de notre travail avancer. Qui plus est, la diversité des activités nous permet aussi d’éviter d’être mono-tâche et de s’ennuyer au travail. Ce doux labeur passé, nous rentrons prendre une douche salvatrice et déguster le repas du soir. Enfin, après des temps – plus ou moins – calmes, les lumières s’éteignent et laisse place à un ciel rempli de milliers d’astres qui scintillent, nullement gâchés par la pollution lumineuse des villes.

La journée s’achève dans nos doux duvets, réconfortants à souhait.

 

A ce quotidien, de nombreux moments passés avec nos hôtes viennent rendre notre séjour inoubliable. Nous apprenons à faire notre pain nous même dans un four à bois (construit bien évidemment par Nahuel). Notre hôte aime partager chaque instant, il nous explique aussi comment plumer et vider un coq. Nous admirons aussi le mécanisme de récolte de l’eau pensé par l’infatigable jeune homme : un bassin récupère l’eau qui s’écoule d’un rocher mousseux, elle alimente ensuite les maisons. Nahuel nous offre aussi une visite de son vaste potager – dont une magnifique serre débordant de légumes. Pour se rafraîchir lors d’une après-midi de travail particulièrement éreintante, nous sautons dans l’eau du Rio Azul (sa température est estimée à ­6°C). Nous pêchons avec Nahuel dans les eaux poissonneuses du Rio, en confectionnant nous-même nos cannes avec une boîte de conserve et un bout de ficelle. Nous assistons à une présentation de thèse en sociologie avec Andrés et Mirta, les parents de Nahuel, sur le thème du massacre du peuple mapuche à El Bolson et ailleurs. Nous partageons le guiso (sorte de ragout de lentilles argentin) et l’Asado dominical avec Nahuel, Shannon, voisins et amis.

 

Des choses simples et anodines qui nous questionnent sur nos modes de vie et nos façons de faire. On prend précieusement des notes de ces inspirations pour le futur. Nahuel et Shannon ont réussi à concrétiser des envies et des idéaux que nous portons en nous. Cependant nous restons admiratifs devant leur projet audacieux et l’on se questionne sur notre capacité à vivre perpétuellement de leur façon. Il est quand même paradoxal qu’un argentin explique à des français chauvins de leur baguette comment faire une miche de pain…

Du bon pain frais préparé et cuit par nos soins

Le volontariat est également une période au rythme particulier, idéal pour laisser décanter la période de frénétiques découvertes qu’offrait le nomadisme. Plus globalement, son ancrage permet de pleinement penser, discuter, rêver, seul ou en groupe. Sur une journée, les moments de flottements s’avère assez présents, s’étirent et peuvent parfois prendre d’un semblant d’ennui – ou plutôt de douce torpeur- qu’il nous faut accepter et mettre au contraire à profit. Après tout, c’est dans le temps plus long, dans les interstices latents que l’on peut accomplir des pensées et des actions bien muries, originales, pleines. Bien entendu, cet étirement temporel permet également de mieux travailler le vivre ensemble au sein de notre communauté des cinq ! L’absence du sacré graal nommé wifi durant 3 semaines a été salvatrice. Nous occupions notre temps par des activités plus lentes mais moins chronophages que « l’internet ».

On repart de la chacra l’esprit un peu nostalgique et le bronzage agricole affûté. On s’est tellement senti à l’aise pendant ses 3 semaines, que nous avons eu du mal à partir… Mais l’aventure doit reprendre et s’étoffer, n’est-ce pas ?

 

Voilà, à quoi ressemblait notre quotidien pendant 3 semaines dans ce petit coin de paradis entièrement pensé et conçu par ce couple adorable, très simple, plein de bon sens et de sincérité, toujours à l’écoute et dans cet esprit de partage qui est la base essentielle du volontariat.

Vue aérienne de la Chacra Repuyen

(Vidéo réalisée en 2017 par d’anciens volontaires)

 

Caroline, Cédric, Florian et Gus.

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3 semaines chez Nahuel et Shannon : récit de notre premier volontariat
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6 avis sur « 3 semaines chez Nahuel et Shannon : récit de notre premier volontariat »

  • 21 avril 2018 à 10 h 10 min
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    Même si tu me l’as raconté au téléphone Cédric, ce récit me laisse bouche bee, l’œil larmoyant, mais un sourire de contentement!!! RESPECT…….
    3 semaines qui vous ont apporté tant de richesse en tout genre, geniallisime…..Juste un petit regret 😜…ne pas avoir, goûté votre pain, vos pizzas et vos poissons pêchés ….et plongé avec vous dans cette eau azur et apparement glaciale 😄…..Bonne continuation les globeurs volontaires😉.Bisous

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  • 21 avril 2018 à 16 h 39 min
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    Dans le désert il ne suffit pas de s’endurcir ,il faut se simplifier nous dit un proverbe berbère…..
    Une vie simple à l’écoute de la nature permet de se retrouver et nous procure de la joie. Quel plaisir de vous voir vivre de si belles expériences et de partager vos moments de bonheur.
    Merci pour le partage de vos récits, photos, et de vos témoignages qui résonnent en nous.
    Alors le voyage devient pour nous lecteurs plus intérieur, commme un appel à une autre vie, à une autre dimension.
    Au plaisir de vous lire …. bisous à tous et un gros bisous à Caroline
    Elisabeth et Serge😘

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  • 22 avril 2018 à 1 h 05 min
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    Ces moments vous seront éternels dans votre vie
    Heureux de continuer à grandir avec vous
    Avancer pour vous nous avançons avec vous
    Plein de bises et bisous à repartir
    François-Michel

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  • 22 avril 2018 à 17 h 32 min
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    merci à vous de nous narrer l’inénarrable, l’expérience comme toujours unique, mais ici plus encore, le vécu par le corps, le senti par l’esprit. Cela vous enrichit et vous laissez rebondir ces richesses sur d’autres, ce que la vie vient de vous suggérer vous nous le renvoyez, cadeau réitéré que rien ne peut user.
    Gardez actuel, à chaque jour qui passe, qui ne manquera pas de faire à vos oreilles chanter les perverses sirènes de la modernité harassante, l’extrême fraîcheur, la simplicité pleine que vous avez le bonheur de nous laisser goûter après vous. Soyez-en remerciés!

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  • 23 avril 2018 à 12 h 20 min
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    Beau récit , on s’y croirait !
    Parenthèse de vie trépidante, âme et coeur ressourcés alors … bonne route ! On attend la suite.
    Bises

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  • 3 mai 2018 à 23 h 06 min
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    Ravie que vous ayez trouvé un bon volontariat, intéressant et enrichissant. (Pas toujours le cas). La lecture de ce blogs donne envie de s’arrêter un moment et de se laisser aller à la découverte, de nouveau.

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