La foulée fraiche et l’esprit apaisé, le duo s’en allait longer le lago argentino. Cette honnête flaque d’eau de presque 1500 km² traçait un large sillon dans la province argentine de Santa Cruz, et ceinturait la coquette ville d’El Calafate. Près du centre-ville, les abords du cours d’eau arroyo Calafate étaient volontiers végétalisés. Venaient y faire trempette une sacrée brochette de piafs sautillants. Le vent faisait clapoter la surface de l’eau, et les vagues retranchaient près de la rive de tristes caillots d’ordures encrassés.

En amont de ce poumon urbain de quelques 22 000 âmes, une pampa ébouriffée filait droit vers l’horizon. Les jardines étaient plein de poussière, de blés et de chiens ensuqués. De part et d’autre des allées bourgeonnaient les fondations de maisons dont les travaux semblaient s’être figés dans le temps. Parfois, un lièvre slalomait fiévreusement entre les touffes d’herbes.

Lorsqu’ils remontèrent la côte du lac aux eaux bleues turquoise, faisant cap vers le cerro Gualicho (« Mont Gualicho »), ils aperçurent une butte mignonne que le vent faisait onduler. Quelques hôtels à l’architecture savante péroraient fièrement dans les buissons. Autrement, le cadre était délicieusement sauvage.

Les pieds nus enfoncés dans le sable chaud, la truffe au vent, la peau tannée par les rayons solaires, ils se laissèrent aller à une exquise torpeur. Quelques sablés bien sucrés viendront ponctuer cette balade bucolique, que certains penseront volontiers anecdotique. Oui, elle l’est. Mais n’est-ce pas les menues découvertes, les anodines marches et les longues observations qui rendent justement le voyage sensible, dense et serein, et font de notre quotidien une belle et perpétuelle évasion ?

Florian

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Billet d’Humeur : Du sable et des sablés à El Calafate
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5 avis sur « Billet d’Humeur : Du sable et des sablés à El Calafate »

  • 11 mars 2018 à 1 h 01 min
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    L’eau à la bouche par ce joli texte

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  • 11 mars 2018 à 19 h 42 min
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    Excellent ce billet; c’est le premier que je lis, je vais découvrir les autres! La réflexion est juste et c’est précisément ce qui fait la différence entre le voyageur et le touriste. Alors que le second reste figé dans une dynamique qui lui est imposée par le « système », le voyageur, disponible

    et vacant, demeure le plus souvent possible ouvert à une découverte réelle, plus contemplative, très personnelle.

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  • 12 mars 2018 à 18 h 56 min
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    Belle prose , comme d’habitude Flo ! Magie des mots bien choisis , magie des lieux vraisemblablement.

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  • 14 mars 2018 à 14 h 59 min
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    Je suis ébahie par ta prose , frèro ! J’aime beaucoup ! Je valide.

    Vivement la suite de vos aventures ! Je suis fan

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  • 14 mars 2018 à 19 h 29 min
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    Cher Djo, j’adore les photos, magnifiques et tellement « expressives »… Quant aux textes, comme on dit les chiens ne font pas des chats!
    Continuez à bien profiter!

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