Après avoir foulé les infinis herbeux et drus de la Patagonie argentine, puis s’être gonflé de chlorophylle au creux des oasis montagneuses d’El Bolson et de Bariloche, la troupe des truculents globeurs rêvait d’ambiance plus … aquatiques. La rondelette île de Chiloé située au sud-chili et aisément accessible par ferry, leur offrit ses vastes pans de campagnes arrosées que des plages longilignes enlaçaient. Riche d’un patrimoine mythologique encore prégnant et d’une histoire fertile (et non étonnement sanglante … bonjour Monsieur le colonialisme), Chiloé est une sorte de cocon hétéroclite de nature. Ses étendues de pâturages vallonnés, aux bosquets radieux où broutent vaches, moutons et cochons rappellent un lointain massif central, tandis que ses côtes océaniques mélangent subtilement la moiteur de l’Orient à la tranquillité sablonneuse de l’Occident.

Dans ce vaste espace peu peuplé (155 000 habitants pour 8400 km²) émane pourtant une harmonie incroyable, presque mystique, qui nous projette dans un espace singulier. Les deux villes digne de ce nom, Castro (au centre) et Ancud (au Nord) sont un assemblage charmant d’habitations typiques, toutes de bois vêtues, et de baraques plus sommaires. La pêche y est féroce, et les marchés locaux étalent aux yeux des locaux comme des touristes qui baillent leurs ribambelles de laines, de moules séchées, d’algues et de poissons frais. Le reste du territoire est composé de patelins bricolés que rallient des chemins souvent non-asphaltés (bien que la folie du bitume les connectent peu à peu). Le sud de l’île semble quant à lui abriter un large parc naturel, sauvage à souhait mais convoité par de nombreux trekkeurs.

Au gré des journées ruisselantes d’ondées, nous avons eu l’occasion d’admirer quelques-unes des nombreuses églises en bois qui quadrillent la carte. Fierté architecturale de Chiloé, elles nous dévoilent leurs découpages fins, presque scandinaves. Aux alentours, des cimetières colorés font la sieste, et des chiens toujours aussi nombreux trottinent et frétillent de la queue. Le couché de soleil sur les dunes brunes colore l’océan de langues fuchsia, tandis que les forêts épaisses cachent jalousement leurs animaux. Les oiseaux sont de fête (rapaces, mouettes ou colibris) et dans les vagues ondulent pingouins et dauphins.

Dans ce microcosme enchanté, l’on ressent aussi la douce mélancolie d’une basse-saison touristique qui plonge les complexes hôteliers, tours-aventures et restaurants dans une torpeur durable. Parfois, on a l’impression d’errer sur des étendues magnifiques mais penaudes que seuls perturbent les cris des mouettes et les vrombissements des pickups. Cette latence entre ville et nature, entre terre et mer, et que les humeurs de chacun gonfle et embrase, a rendu notre visite de Chiloé étrange. Etrangement belle, et triste aussi un peu.

Florian SANFILIPPO

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Chiloé : Impressions en copeaux d’une île
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Un avis sur « Chiloé : Impressions en copeaux d’une île »

  • 5 mai 2018 à 21 h 28 min
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    que d’ambiance dans ce billet d’une humeur mélancolique et réservée!
    c’est une fois de plus très beau, voire ici un poil poignant; mais on sait déjà que la véritable bauté, loin des tapages, émeut en silence et fait monter les larmes…
    merci

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