Quittant le moite et labyrinthique bitume de Buenos-Aires, le regard s’attache sur des paysages jusqu’alors inédits. Un vert pétant , des terres grumeleuses et fertiles, des villes discrètes et assoupies. La région de Misiones déploie toute sa magie des frontières. A Puerto Iguazu, l’on a plus l’impression de débarquer dans un long village humide que dans une ville de quelques 30 000 âmes. Le centre-ville fantomatique se compose d’une flopée de commerces que la saison-basse touristique plonge dans la léthargie – léthargie hélas accentuée par la crise financière qui n’arrête pas de ronger le pays. Seul une allée de gargotes abritées semblent garder leur dynamiques , enveloppées de senteurs d’asado, d’olives et d’épices. Les habitations sont basses , souvent bâties de briques rouges et entrecoupées de grands arbres sages. Quelques chiens et chats se baladent parfois.

Sous la coloration grisée du ciel d’automne , les eaux du Rio iguazu marquent paresseusement la frontière avec le Brésil et le Paraguay. Et c’est au carrefour de ces cultures, au milieu d’une jungle luxuriante et vaste, que glougloutent les fameuses chutes d’Igazu. Ces beautés, classées au patrimoine mondial de L’UNESCO, of course, s’avèrent presque indescriptibles. Mais tentons donc d’en capter quelques forces : imaginez une succession de cascades , larges ou étroites , rageuses ou en doux filets magiques, et qui jouent en ricochet au pied d’un immense lit fluvial. Le tout bouillonnant et tonnant au milieu d’une dense forêt tropicale où se côtoient Coatis, Toucans et discrets félins. Ce véritable « jardin de cocagne » chatouille « la canopée », comme le dit si bien Barbara. Ses embruns laissent pantois, chancelant par tant de forces élémentaires ici déchaînées , amoureusement exprimées et imbriquées. L’eau crémeuse et verte qui s’éclate sur la roche. Qui abreuve la terre et sature l’air de poudres nacrées. Ici , la nature s’est même octroyée l’audace d’un arc-en-ciel fendant le panorama de ses serres chromatiques. Au fond de la Garganta del Diablo, une gigantesque chute. Qui chute inlassablement ,vomissait des trombes de vie.

Dans cette oeuvre volontiers mystique , les touristes cheminent , s’affichent en d’interminables et outrancières selfies. Vivent et rient aussi. Le tourisme ne semble pas avoir trop dénaturé les lieux ,même s’il n’a pas omis de nous gaver de safaris douteux, de tours en bateaux ou en helicos bruyants et bidons. Les complexes hôteliers sont sagement éloignés du fleuve et les restaurants ne pululent pas. Hallelujah ? L’air de ce pèlerinage du tourisme de nature doit devenir bien vicié une fois sonnée la haute saison. C’est donc avec un plaisir redoublé de gloutons que nous nous délectons des fins filets d’Iguazu. Et bien ma foi oui , nous avons cédés aux douces mélodies des sirènes conformistes. Mais ce fragment de nature n’est pas à bouder. Ces joyeuses tropiques en valurent largement l’excès.

Florian

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Iguazu : joyeuses tropiques
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Un avis sur « Iguazu : joyeuses tropiques »

  • 25 juin 2018 à 15 h 53 min
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    si joliment écrit et intensément suggéré, comme à l’habitude, que l’envie d’y être paradoxalement se double de la presque-connaissance que la brève narration nous implante dans le crâne.
    Mais finalement, ce qui m’interroge le plus, à chacun de ces billets, reportages et des photos qui vont avec… c’est cette mystérieuse capacité que l’on a à éprouver intensément la beauté du monde. Qu’est ce donc qui nous émeut aux larmes devant ces scènes-là? qu’est ce que les eaux furieusement cascadantes de l’Iguazu nous transmettent-elles comme message lorsqu’on se sent « mystiquement » touché par cette grandeur-là?

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