Quelques 300 kilomètres séparent Campo Grande de Bonito, petite ville du Mato Grosso do Sul (Brésil). Des terres agricoles interminables jonchent la route nationale, on se retrouve alors entourés d’une mer de maïs transgénique. Au sein de cette région très rurale, la trace de l’homme est omniprésente. Dans quelques mois les maïs seront remplacés par du soja et ainsi de suite, jusqu’à épuiser le moindre humus. Quelques serpentaires traversent parfois la route, au péril de leur vie, pour récupérer quelques grains d’or jaune. Dans l’interstice entre la route et les champs résident les « sans-terre » et leurs habitations de fortune. Ce sont des habitants qui ont été forcés de quitter leurs terres afin de remembrer et d’optimiser les grandes exploitations. Aujourd’hui, ils se retrouvent sans terre où vivre, le bas-côté de la route asphaltée est le résidu de la politique agricole ultra productiviste.

Au fil de la route la végétation se densifie, une horde de palmiers rachitiques fait son apparition. Des bananiers et autres plantes grasses forment une forêt luxuriante. Puis réapparaissent les champs de maïs et des centaines de vaches squelettiques qui semblent porter leur graisse sur le dos.

Arrivés à Bonito, la ville est calme voire desserte. Elle se réanime le soir et vibre lors des matchs de football du Brésil. Durant les fêtes et les heures de gloire de la Seleção, les brésiliens mettent un voile sur la situation du pays. Au Brésil, la corruption est banalisée, du petit politicien au président de la république. Le peuple ne se révolte pas et semble résigné malgré les difficultés du pays : des infrastructures publiques inachevées, des hôpitaux sans médicament, un ancien président en prison… D’après les brésiliens que nous avons rencontrés, l’élection présidentielle du mois d’octobre peut représenter un réel tournant pour le pays, si elle s’accompagne d’une éradication de la corruption. Pendant que le malade imaginaire Neymar se roule part terre, les souris dansent…

Nous poursuivons notre route à la découverte des paysages du Mato Grosso en empruntant des routes de terre rouge qui contraste avec les environs verdoyants. Au sein de la fazenda qui nous accueille on peut apprécier la flore mais aussi la faune de la région. Il est plutôt commun d’y croiser : aras rouges ou bleus, fourmilier, caïman, singe capucin, tapir, tatou, toucan et autres oiseaux tropicaux… En toute liberté leur beauté est décuplée.

La route en terre qui mène à la fazenda subit un trafic croissant de camions. Ces conteners roulant transportent en grande partie le maïs, le soja et les vaches qui peuplent la région. Au regard du trafic de cette route, autrefois paisible, la municipalité a entrepris d’asphalter la route. L’asphalte comme salvateur, qui propulse les terres éloignées du Brésil dans la mondialisation. L’usage à outrance du glyphosate et du diesel étant déjà bien ancré ici.

Suite à ce court séjour au Brésil, on réalise que c’est un pays contrasté, avec un fort potentiel (économique, social, environnemental…). Tiraillé entre la modernité et la tradition, ne sachant pas comment valoriser son potentiel de façon modérée. A l’image de ses nombreux restaurants « buffets illimités », le Brésil semble toujours dans l’excès.

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La terre ou l’asphalte (Mato Grosso do Sul)
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4 avis sur « La terre ou l’asphalte (Mato Grosso do Sul) »

  • 16 juillet 2018 à 3 h 47 min
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    Brésil , terre de contrastes, au même titre que ton article qui décrit super bien ce mélange de sensations qui a dû vous envahir. Un combat entre la nature et la libéralisation exacerbée … Sylvain Tesson s’y retrouverais bien avec le règne de l’asphalte. Merci pour cette fine analyse et sa mise en plume toujours goûtue 😉

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    • 16 juillet 2018 à 15 h 47 min
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      Haha bien vu le clin d’oeil à Tesson dans le titre 😉

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  • 16 juillet 2018 à 9 h 16 min
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    poignante situation, hélas banalisée de nos jours, que celle que tu exposes là: le potentiel de beauté, d’intégration harmonieuse de l’homme dans la nature et la désolante réalité de l’immense gâchis de nature et d’humains, également sacrifiés sur l’autel de l’argent-roi. Vite, que passe son temps!

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  • 16 juillet 2018 à 15 h 37 min
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    Excellent ton article Caro, vraiment l’un des tous meilleurs sur le blog à mon sens. Tu nous fais partager le Brésil magnifiquement. On croirait être avec vous !
    Et que dire de ton regard critique sur ce pays… Tu pointes très bien les réalités et les ravages du productivisme exacerbé et de la corruption généralisée.

    Merci pour ton article, j’espère revoir ta plume bientôt pour nous conter vos nouvelles péripéties !

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