Il est une chose dont les voyageurs parlent beaucoup, avant, pendant et après leur périple : le retour au bercail. Je ne parle pas ici du mal du pays qui peut survenir lorsqu’on est loin de chez soi. Je parle plutôt de la difficulté à tourner la page du roadtrip et à en ouvrir une autre lorsqu’on a attrapé le fameux « virus du voyage ». Pour moi, plus de quatre mois se sont écoulés depuis mon retour en France et les premiers symptômes de cette doux mal font leur apparition. L’occasion d’un regard dans le rétroviseur alors que la nostalgie fait surface et que les souvenirs sont encore vifs et nombreux.

Après la douceur du retour…

C’était dans le nuit du 10 au 11 août dernier : mon retour sur le sol français, à Montpellier, sur les dalles du pôle des Sabines,ce même endroit où tout avait commencé près de six mois plus tôt.Mais cette fois-ci, plus de compagnons de voyage ni même de sac-à-dos, lui-aussi rester en Amérique-du-Sud perdu dans les bas-fonds d’un aéroport péruvien. Que le temps a filé vite depuis! D’abord les joies des retrouvailles familiales et amicales dans la douce chaleur de l’été languedocien, c’est un peu les vacances après les vacances. Puis rapidement fut venu le temps du retour à Lyon et de son autre lot d’heureuses retrouvailles.

Depuis ? La longue et pénible recherche d’emploi a remplacé le quotidien de paysages, de rencontres et d’insouciance dont était fait le voyage. C’est donc ça dont ils parlaient tous ces voyageurs! La difficulté du retour ne viendrait-elle pas de cette pesante difficulté à « se faire une place » en France et à savoir qui l’on veut être ? En écrivant ces lignes, je me rends compte de la dimension d’échappatoire qu’à le voyage. L’envie de repartir sur les routes ou a minima la nostalgie de celles-ci refait bien vite son apparition une fois les premiers obstacles rencontrés.C’est dans cet état d’esprit que j’écris ces lignes.

Repartir sur les routes ?

Le voyage entre amis

En février dernier, nous nous envolions à six pour Buenos Aires,heureux et excités à l’idée de découvrir ce continent nouveau.Passée cette euphorie, quelques tensions inhérentes à la vie de groupe ont pu apparaitre. Rien de bien grave heureusement, mais suffisamment pour que nous émettions des réserves fortes sur le voyage à plusieurs. Le voyage est exigeant, rude, parfois violent.Rarement dans un confort optimal, il nous met à l’épreuve physiquement et mentalement, tandis que la vie de groupe peut parfois mettre de l’huile sur le feu en obligeant chacun à faire des concessions et des efforts supplémentaires.

Les joies de la vie de groupe !

Aujourd’hui, je sais que nous avons été durs avec nous-mêmes.Pendant un mois à six, puis pendant plus de deux autres mois à cinq, nous avons tout partagé : les bus longue distance, les chemins de terre, les débats, les engueulades, les rires et les repas. Et beaucoup d’autres choses encore ! La vie de groupe est exigeante mais c’est aussi un formidable moteur. Nous étions partis amis. Ça a été notre force et aussi quelque part notre faiblesse, mais j’en suis convaincu, nous en revenons plus unis et proches encore. Désormais nous avons en commun un voyage, qui n’appartient qu’à nous et qui nous lie par les souvenirs des moments passés ensemble.

Notre façon de voyager

S’il est un sujet que nous avons souvent abordé entre nous et sur ce blog, ce sont bien les questionnements liés à notre façon de voyager. Réfractaires à l’idée de suivre les sentiers battus et préoccupés par notre impact écologique, beaucoup de questions se sont posées à nous, mettant en évidence nos paradoxes de jeunes occidentaux. Nous avons pris l’avion, visité de grandes sites touristiques et consommé des produits de la grande distribution mondialisée. Pourtant, nous nous sommes efforcés de tendre vers une certaine sobriété et un rapport aux autres différent du touriste lambda.

Un Asado argentin partagé avec notre hôte Couchsurfer !

Nous avons encore sûrement beaucoup à apprendre pour mettre en application nos idéaux de voyageurs mais je sais que nous avons déjà fait beaucoup. Nous sommes allés à la rencontre des locaux via Couchsurfing, nous nous sommes essayés au volontariat, nous avons mangé comme les autochtones. Toujours des expériences fortes et enrichissantes humainement. Parfois aussi, nous avons tourné le dos aux grandes attractions touristiques et aux sirènes de la consommation abusive. Le voyage sobre est possible. Il existe. Nous avons croisé des vadrouilleurs de ce type, mais cela demande un courage et une force supplémentaire. Il demande de ne pas être pressé et de ne pas planifier. Il nécessite un équipement particulier, permettant de s’éloigner sans craintes des centres urbains. Il privilégie le stop en toutes situations. Il requiert de faire une croix sur certaines de nos attentes et de se laisser guider. Il exige d’être libre.

Gus.

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L’Après

3 avis sur « L’Après »

  • 13 décembre 2018 à 14 h 18 min
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    Je repense souvent à nos débuts de voyage en souriant. Ces moults débats sur comment voyager me paraissent dorénavent un peu risibles. Après 5 ou 6 mois de voyage je me suis rendue compte que l’important c’est de suivre ces envies. Que le voyage ne peut etre « faux » si on respecte son éthique et ses envies.
    J’ai rencontré des voyageurs beaucoup plus spontanés que nous à nos débuts et qui paraissaient du coup plus libres. Paradoxalement ce lâcher prise se travaille et s’acquière au fil du temps. J’ai appris à ne plus culpabiliser d’avoir pris un bus au lieu d’utiliser mes pieds par exemple. Si j’ai pris telle décision à tel moment c’est qu’elle me paraissait opportune.
    Finalement c’est l’état d’esprit dans lequel tu voyages qui est surement le plus important et guide ton voyage, non?

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  • 20 décembre 2018 à 9 h 21 min
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    Belle manière de désamorcer le voyage, de mettre des mots sur le manque et l’envie qui ronge, de rendre hommage aussi à ces moments passés ensemble loin de notre hexagone bien-aimé. Je suis d’accord Caroline, ce qui compte, c’est la manière de voyager, et rétrospectivement les choix faits étaient les bons au moment donné… mais tous ces questionnements faisaient partie du voyage, et étaient dès lore légitimes. Ils continuent de l’être je pense, même si note façon d’agir et de penser à évoluer au gré de l’expérience vécue. Comme toute production humaine, dès le lendemain qu’on l’a écrit, elle est dépassée, datée, mensongère vis-à-vis de l’esprit qui l’a couché sur le papier. C’est là toute la faiblesse et la beauté des créations ! Bref, je fais du hors-sujet, pour en revenir à « l’après », il a été tumultueux également, et continue de l’être, et malgré les évasions vers les amis, le boulot, les nouvelles découvertes intra-muros, ce manque profond de l’inconnu, cet appel vers les terres lointaines, loin des contingences stupides de notre quotidien matérialiste, ça monte, ça hante, ça ronge un peu. Au final, ça nous rassure aussi : « tôt ou tard, on reprendra la route, pour nous retrouver notre nous-même passé, construire notre nous-même futur, et retrouver le voyage aussi, simplement ».

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