Reprendre la plume électronique après de longues semaines d’abstinence , ce n’est pas chose aisée. Surtout lorsque l’on veut poser sur pixels un drôle de ressentiment général faisant suite aux adieux du baroudage en groupe. Ils étaient attendus ces adieux , redoutés aussi.

Lorsqu’avec Cédric , marchant dans les ruelles proprettes de Mendoza , l’on s’amuse à se dire  » tiens , on voyage tous ensemble depuis un quart d’année ! » , ce constat n’est pas anodin. À quelques maigres journées près ,l’on a arpenté les terres latines tous ensemble. Avec les rires , les conflits et les flottements inhérents à toute vie de groupe – aussi potes soient les potes, il arrive assez régulièrement que ça frictionne et que ça gronde.

Si l’heure n’est pas encore au bilan , l’on ne peut pas plaindre la dynamique de ce groupe. Faut dire qu’on a beaucoup déconné hein , avec notre humour un peu gras et lancinant qui semble nous coller au cerveau. L’amitié forte qui nous lie depuis un bon bout de temps porte ici ses fruits les plus tendres , et devient un pansement quotidien à la mélancolie ou à l’ennui. Mieux même ,elle relève chacune de nos découvertes , les rendant plus fortes, mémorables, vivantes, et créant ce plaisir si profond de partager son bonheur à plusieurs – ou d’estomper son malheur au creux d’une oreille amicale.

L’équilibre des caractères – que l’on a tous bien différents – a bien opéré, bien huilé malgré des couac répétés. Quand il éclatait en invectvies amères , reproches explicites ou tacles feutrés , le groupe redevenait des individuels qui s’en allaient , rougeaud et penauds, à la recherche d’un peu d’intimité souvent fantasmée. Puis, à l’occasion d’un repas ou d’une activité commune , d’un apaiseur et d’un blagueur à l’action, le groupe retrouvait de sa matière , de sa superbe.

Au fur et à mesures que les semaines passent, l’alchimie a été fragilisée et les nerfs échauffés ou fatigués (par tant de promiscuité, par le temps qui file bizarrement sans que l’on y comprenne quoi que ce soit) au point d’organiser , d’un commun accord , des parenthèses en solitaire ou en duo. Bienvenues par leur aspect neuf et ressourçant , elles nous ont permis de nous retrouver avec une joie non dissimulée à l’occasion de notre dernier (et ô combien mémorable) volontariat.

Aujourd’hui , après une semaine étrange , calme et un peu triste passée à Mendoza (très principalement dans son auberge un poil désincarnée) , le groupe a volé en éclats pour de vrai. Les différentes envies, les rythmes et les liaisons de chacun doivent à un moment donné s’exprimer, se concrétiser. Si certains recroiseront la route d’autres , jamais plus l’on ne se retrouvera à cinq (sauf exception absolument pas programmée). C’est étrange comme sensation , il faut du temps pour s’y faire et la déglutire, se dire que c’est mieux ainsi , que l’inattendu , l’insolite et les rencontres commencent enfin ! Lors du départ de Lola déjà , une cassure avait eu lieu.

 

Le voyage mute, bouillonne et change. C’est  tout à son honneur , et s’il n’était pas dynamique, serait-ce vraiment un voyage ? Cependant , il est aussi légitime de laisser s’exprimer sa tristesse de voir ses potes s’en aller dessiner leurs propres parchemins et découvrir le vaste monde sans ce « moi » bien égoïste qui est affamé de cohésion rassurante et de collectif familier. Car sans le groupe reviennent également les peurs de l’inconnu et de la débrouillardise – qu’il va falloir régraisser fissa.

Quitter le groupe ne voudra cependant pas dire que chacun sera seul. A un moment , la solitude viendra, et chacun l’accueillera du mieux qu’il le pourra. Actuellement , c’est surtout ce cocktail de peine du révolu , de douce chaleur du déjà-vécu ,et de doutes de l’a venir qui règnent dans les esprits.

D’ici peu , très peu , naîtront l’excitation et le tranquille bien-être qu’apportera cette nouvelle phase du voyage. Gardons en mémoire les inonbrables et impérissables souvenirs des moments passés ensemble. Faisons le deuil de ce quotidien et relevons nous donc !


Florian

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L’aurevoir
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7 avis sur « L’aurevoir »

  • 8 juin 2018 à 2 h 04 min
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    Ta premiere journée en solitaire t’as rendu inspiré et à révéler de la poésie! Ou peut etre est-ce le dortoir de 10 lits, caverneux et lugubre, qui t’as rendu mélancolique…
    A la semaine prochaine et profite de BsAs 🙂

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  • 8 juin 2018 à 18 h 05 min
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    billet doux-amer, et comme on le comprend! Une telle expérience commune ne se vit pas impunément , elle marque, laisse son empreinte à la fois douloureuse et pleine de joie, c’est toute la difficulté à vivre avec ces marques là!
    Certes, le présent est souverain… encore faut-il être frais pour l’accueillir pleinement, débarrassé de la poignante saveur du passé.
    Le second voyage commence pour vous… soit-il aussi riche et varié que le premier, c’est le souhait que je forme ce soir.

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  • 9 juin 2018 à 2 h 08 min
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    Merci pour ce billet touchant. Il retrace vraiment bien ces mois passés à vivre ensemble.
    La vie commune en voyage n’est pas aisée, chacun étant davantage à fleur de peau dans cet univers hostile et nouveau. Pourtant, je garderai de ces moments le souvenir d’une amitié renforcée et enrichie par tout ce que nous avons partagé.

    À très vite mon ami !

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  • 11 juin 2018 à 13 h 14 min
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    J’en ai les larmes aux yeux tellement je suis marquée par vos aventures et vos émotions.

    Je vous souhaite un bien beau rebondissement solitaire à chacun , et puissiez vous y trouver le même bonheur que celui d’être réunis .
    Bonne continuation à nos amis voyageurs , solitaire (ou non 🙂 )

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  • 11 juin 2018 à 23 h 06 min
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    Très touchant en effet. Se quitter pour vivre une autre aventure, mais pour mieux se retrouver .
    Quelle belle amitié…..
    Bonne continuation en solitaire (ou presque ) les Robinsons.Profitez de chaque instant.

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  • 13 juin 2018 à 6 h 30 min
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    Quand c’est le moment c’est le moment!
    Riches de ce nécessaire prologue en groupe, je ne doute pas de la réussite de vos aventures en solo.
    Bon courage!

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  • 17 juin 2018 à 21 h 13 min
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    Vous vous séparez ! Je le savais Guilhaume me l avait dit mais j ai peine à y croire tant votre groupe semblait inséparable. Mais c est superbe d avoir pu fonctionner à cinq aussi longtemps. Parce que c est clair que le voyage, la perte de nos repères quotidiens rassurants nous fragilise. Votre solide amitié a mis de l huile dans les rouages des relations et c est super. Il est temps de vivre autre chose visiblement. Votre tristesse me touche. Votre maturité sur le voyage et ce qu il dit de la vie me bluffe! Je suis certaine que le deuxième volet de l aventure sera riche et que vous aurez plaisir à vous le raconter avec peut être un peu d’amicale rivalité … Mais je mentirai si je disais que ça ne m inquiète pas du tout que chacun et donc mon Gus à moi aussi, parte de son côté
    Bon vent à tous
    Continuez à donner de vos nouvelles et nous faire partager votre périple
    Amicalement
    Vero

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