Après avoir vécu 1 mois dans la touristique ville de Cusco, on avait envie de changer d’air. Des envies d’aventures. Alors on a pris nos sacs à dos et on est partit à Puerto Maldonado vers l’Est du Pérou. Après quelques jours là-bas et quelques recherches, je remarque qu’il est possible de rejoindre la ville de Manaus, au cœur de l’Amazonie brésilienne (bien plus au Nord) par bateau, depuis la ville de Porto Velho. Cette ville brésilienne se situe exactement à 1 050 km de là où on se trouve – à Puerto Maldonado donc. Pour cela on estime qu’il nous faudra 3 jours pour la rejoindre en stop : un jour pour rejoindre la frontière Brésil/Pérou située à 250 km d’ici. Un deuxième jour pour aller de la frontière à la ville de Rio Branco, 300 km plus loin. Et enfin, la plus grosse partie : rejoindre Porto Velho localisée à 500 km plus au Nord.

Vendredi matin : c’est parti pour cette longue traversée qui nous attend. On se lève tôt, on se prépare une belle petite pancarte avec le nom de la ville frontière à 250 km plus et on se met à la sortie de la ville. Il est 8h du matin, le pouce levé, et il fait déjà bien chaud. Le soleil tape fort sur ces latitudes (déjà plus de 30°C). Heureusement pour le moment nous sommes épargnés par les orages et leurs pluies diluviennes qui touchent cette région en cette saison des pluies. Les heures passent et les véhicules aussi, la chaleur augmente, le soleil est toujours là, tout comme nous et notre enthousiasme qui ne faiblit pas malgré les péruviens qui nous dissuadent de faire du stop car personne ne nous prendra… 10h. 11h. Puis midi, toujours rien. Déjà bien grillé par un soleil matinal mais non moins puissant, nous avons terminé nos réserves d’eau. On décide de faire une pause déjeuné pour charger nos batteries et notre moral qui commence à flancher. A la sortie du déjeuner il est 13h. Nous levons de nouveau le pouce vers le ciel. Toujours rien et une chaleur qui devient maintenant difficile à supporter. On commence à se demander si les péruviens n’avaient pas raison. Puis, à 14h, après donc 5h de stop on décide d’abandonner et de prendre un mini van jusqu’à la frontière. Première journée de stop ratée… Un peu claqués et le moral dans les claquettes on trouve un logement à la frontière et on s’endort. Demain est un autre jour…

…Samedi. Réveil matinal de nouveau. Aujourd’hui se sont 300 km qui nous attendent. On se dit que la chance qui ne nous a pas souri hier, sera là aujourd’hui. Nous passons la frontière à pied et arrivons côté Brésil. Changement d’ambiance, les gens sont plus chaleureux et gentils. Nous demande où nous allons, nous donne des conseils, nous échangeons quelques sourires malgré la barrière de la langue. Il fait encore chaud aujourd’hui, peut-être même plus qu’hier. C’est à la sortie d’une station-service que nous attendons notre âme sœur. Rien ne vient malgré les heures. Il faut dire que peu de monde passe par là. Soudain, un bus arrive. Quelques secondes d’hésitations, nous le prenons. Il faut sortir de se trou. Direction la prochaine ville à 100 km. Arrivée 1h30 plus tard vers 14h30 sous des trombes d’eau. Le déluge. Impossible de faire quoi que ce soit. On se réfugie dans une sorte de hangar en bois remplie de noix du Brésil. Le déluge, dehors, continue. Les toits déversent des cascades, rues deviennes des rivières, les rivières des torrents. Soudain, légère accalmie, très légère. On sort notre nez dehors, sous un abribus et on commence à faire du stop dehors sans trop y croire… On a bien raison de ne pas y croire. Personne ne s’arrête. Désespéré et à l’approche de la fin de journée on prend un taxi (beaucoup trop cher) en direction de la gare routière pour prendre un bus (lui aussi beaucoup trop cher) à destination de Rio Branco (ou plus précisément une petite ville juste au sud d’où il sera plus facile de repartir en stop). Dépité je repense à cette journée de stop là encore raté. Les 300 km d’aujourd’hui n’ont été effectués qu’en bus. J’ai l’impression qu’une malédiction s’abat sur nous. C’est difficile ce soir. J’ai faim, je suis fatigué et je n’ai réussi à arrêter aucunes voitures en 2 jours de stop…

… Aujourd’hui c’est dimanche. Premier réveil au Brésil depuis longtemps. Objectif du jour : arriver à Porto Velho à 500 km plus loin. Objectif réel : arrêter ne serais ce qu’une voiture ! Ce matin encore le temps est avec nous, il fait beau. On se poste, sans panneau cette fois-ci et très vite (20 minutes) une voiture s’arrête et nous prend pour 11km. La distance est minime, mais mon niveau de joie lui est immense. Pour la première fois depuis 3j on a réussi à stopper une voiture. La malédiction semble brisée. Je me sens revivre le temps de ses 11 petits km. Le stop : quel incroyable réservoir de frustrations et de joies aussi brèves que fulgurantes. Même une erreur de banque en ma faveur ne me ferait pas plus plaisir. Le type nous dépose au milieu de rien. Enfin si, à côté d’une prison : on est dimanche et il vient rendre visite à son frère. D’ailleurs beaucoup d’autres personnes viennent passer leur matinée dominicale avec un membre de leur famille. C’est donc ici que nous reprenons le stop le sourire aux lèvres. 1h d’attente. Rien. Le soleil tape fort encore une fois. Puis tout à coup, au moment où on s’y attend le moins un couple s’arrête et nous prend, pour 11 km encore… Et de 2 ! C’est déjà deux fois mieux qu’hier et avant-hier ! Au bout du trajet rapide, la voiture nous laisse à une intersection, où beaucoup plus de véhicules passent. Nous les remercions avec un grand sourire. Et c’est donc reparti, nouveau levé de pouce. Le sort semble définitivement de notre côté lorsqu’une famille, seulement 10 min après notre arrivée, se stationne et nous prend à l’arrière de leur pick-up. Cette fois-ci c’est 80 km à fond. Dans un élan de gentillesse ils nous ont même offert une bouteille d’eau le temps du trajet. Tiens, on voit qu’on n’est plus au Pérou ! Après 1h de trajet où je réalise à quel point le bonheur est puissant lorsqu’une personne nous prend en stop, surtout après 2 jours d’échec, nous arrivons à une station-service. Nous les remercions là encore très chaleureusement et ils nous offrent même du café et du pain. C’est pas les péruviens qui auraient étaient aussi généreux… On est aux anges. On se pose dans la station-service pour repenser à ce qui nous arrive : déjà 100km de réaliser en à peine plus de 2h. Comme souvent lorsque on est au plus mal, qu’on se trouve dans une situation délicate ou bien qu’on est face à l’échec ; la providence fait son apparition. Alors certes, à ce moment exact nous n’étions pas dans une situation délicate, loin de là, mais je crois qu’elle est venue pour rééquilibrer un peu avec les deux journées précédentes. Aujourd’hui la providence a pris la forme d’un homme,gérant de la station-service qui fait aussi restaurant. Le monsieur nous a véritablement pris sous son aile : il nous a offert de l’eau, puis donner de la connexion internet et enfin quasiment offert le repas à volonté. Tout ça, en échange de simplement nos sourires et une petite pièce de notre pays, lui qui en fait la collection. Cette extrême générosité dont nous venons de bénéficier nous prouve bien que nous ne sommes plus dans une zone à haute densité touristique. Ici l’étranger-voyageur est accueilli avec bienveillance et curiosité. L’après-midi, deux nouvelles personnes nous prendrons en stop pour une distance totale de 410 km. Incroyable mais vrai. Nous avons quasiment réussi à parcourir les 500 km en une seule journée, alors que nous avions seulement envisagé d’avancer quelques km et d’arrêter ne serait-ce qu’une voiture…

…Le lundi, il ne nous reste que 90 km à abattre pour atteindre notre point final : la grande ville de Porto Velho. Le stop fonctionne encore aujourd’hui. Après environ 2h30 sur le bord de la route, on finit part monter dans la petite voiture d’un jeune brésilien. Ce dernier, toujours avec cette gentillesse et bienveillance qui caractérise les brésiliens, nous amènera jusque devant la maison de notre hôte Couchsurfing, située à l’autre bout de la ville.

Au bout de notre périple de plus de 1 000 km, qui aura duré finalement 4 jours, et qui avait terriblement commencé, nous sommes arrivés. Le stop nous aura procuré des peines, joies, des angoisses, des satisfactions, des déceptions : un tas d’émotions en fait ! C’est véritablement en stop que l’on se sent le plus paumé, abandonné, insignifiant ! Mais on en ressort plus costaud et plus confiant en l’Autre. Le stop c’est en fait privilégier la rencontre et le hasard. C’est faire du voyage le but du voyage.

… Dans le prochain épisode : la traverser du Brésil en bateau hamac …

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L’aventure brésilienne
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