Cela faisait plusieurs semaines que l’idée traînait déjà dans le coin de not’ caboche : tenter un trek en territoires boliviens. L’occasion d’un énième errement sur des blogs de voyageurs nous a mené à l’évidence, à la révélation même : le trek d’El Choro, situé à deux pas de la gigantesque capitale, La Paz, nous tendait ses chemins ! Relativement peu foulé, faisable en autonomie sur une durée de 2 nuits/3 jours, et ce avec un budget serré … la caminata ne manquait pas de charme. C’est pourquoi nous avons rapidement loué tente, popote et réchau, et accumulé quelques nécessaires victuailles (un jour férié, quelle pertinence !), et nous sommes lancés à l’aventure ! Prévoyants et organisés, nous avons naturellement oublié nos réserves pour 3 jours de nourriture… Après tout, pourquoi s’encombrer quand on peut voyager léger ?!

Le trek d’El Choro suit un chemin précolombien majoritairement pavé qui démarre à 4500 mètres d’altitude (lieu-dit La Cumbre) et termine 51 km plus bas, au hameau de Chairo. Le circuit passe par plusieurs lieux de repos, qui sont en fait des micro-lieux de vie perdus dans la nature. Au total, El Choro propose 3250 mètres de dénivelé négatif pour 1000 de positif. De quoi amuser les molets et charger les journées, mais dans un environnement naturel magnifique et évolutif, qui fait globalement partie du parque nacional de Manejó Integrado Cotapata (650 km2, soit le deuxième parc le plus petit de Bolivie).

Le ressenti de ces 48h cumulées de trek (étalées d’un Mardi matin à un Jeudi midi) est à la fois incroyablement dense, beau et éprouvant. Petit récit.

La première journée, très minérale, est rapidement bercée par une ambiance brumeuse totalement envoûtante. Les versants de pierres sombres des monts se découpent dans les cotons de brouillard.

Des langues de neige se prélassent entre les vallées à l’herbe rase, résolument broutée par moutons et alpagas. En bas, entre les reliefs crémeux, quelques lacs huileux dorment. Puis, une fois rejoints l’Apacheta-Chucura, point culminant de ce trek (48000m), l’on entame la longue descente.

On clopine à flan de corniche , puis l’on slalome entre des hautes vallées ocres et amples.

Les côtes du chemin laissent entrevoir des ruines de bergeries antiques. Le territoire est morcelé de murets sombres. Vestiges d’un ancien monde qui s’efface.

Après 6h de marche, entre le village de Samana Pampa (et son vieillard édenté qui nous fait signer registre et payer l’entrée au parc) et le camping de Challapampa, l’on établit le campement près du sentier moussu. Déjà l’ambiance change, les sobres et sages hauteurs laissant lentement place à une végétation plus appuyée. Les moucherons voraces, les noodles et le feu improvisé qui crépite rythment notre soirée. La nuit s’avère particulièrement inconfortable, mais les sacs semblent avoir bien dormis.

 

La seconde journée s’avère être la plus physique, car on enchaîne les 20 km de la veille (et son lot de courbatures naissantes) avec 25 nouvelles bornes, dont quelques sévères remontées. Le souffle se fait court en altitude, les mines grincent, mais nous arrivons à rattraper le retard de notre départ tardif de la veille. Tels deux buffles, nous perçons les forêts luxuriantes aux plantes exotiques et entortillées, aux oiseaux colorés et bavards (l’un deux imitait parfaitement le bruit d’un réveil !), aux mirades de papillons.

Nous enjambons les ruisseaux glougloutants, parfois sur des rondins de fortunes, et glissons sur les pierres usées de ce sentier époustouflant, qui poursuit le plus souvent un cours d’eau, actuellement presque à sec, nous dévoilant ses énormes rocs d’un blanc d’ivoire.

Le midi, quelque miettes de notre pain de mie ecrabouillé et un sommaire pâté de sardine constitue un repas salvateur, que l’on engloutie en observant la (assez ridicule) parade du dindon. Deux petits chats viendront goûter de nos mets de fortune.

Puis l’on enchaîne les foulées jusqu’à la petite propriété d’une famille modeste, à Buena Vista. Le paysage se fait toujours plus végétal, et ses relents amazoniens sont réellement ravigorants. L’on se sent ridiculement petits face à cette chaste nature.

Malheureusement, comme ailleurs en Amérique du Sud, la pollution de quelques marcheurs inconscients (pour ne pas dire crétins) n’est jamais loin.

A Buena Vista,  harassés, l’on joue aux cartes avec un sandwich à l’oeuf et, pour tableau de fond, les montagnes débordant de forêts sombres et secrètes. Une troupe de joyeuxes lucioles illuminent cet instant déjà magique.

Confortablements installés sous le toit d’une grange, près d’un sympathique serbe, l’on dort comme des bébés (bien que notre hygiène de hyènes mal léchées nuance quelque peu cette charmante métaphore).

Le dernier jour est plutôt tranquille, et heureusement car nos corps cassés par les descentes ne font pas les fiers. Nos muscles jusqu’ici engourdis par quelques semaines en ville ont repris du service…Et ça tire dans les jambes !

Nous avalons les 6-7 km restants, en bon béliers que nous sommes, et terminons au village de Chairo où deux bus nous ramèneront à La Paz.

Ce trek aura filé comme une furie. Varié, exigeant, salvateur, il aura été notre premier gros bout de nature bolivienne largement apprécié, et un franc moment d’amitié qui plus est !

Gus et Flo

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Le dindon et les buffles : Récit du trek d’El Choro (Gus et Flo)
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2 avis sur « Le dindon et les buffles : Récit du trek d’El Choro (Gus et Flo) »

  • 22 juillet 2018 à 17 h 28 min
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    Récit et photos alléchants, quelle aventura!!! Plein les yeux, plein le cœur, plein les jambes…. seuls les estomacs sonnaient vide, apparemment! Merci pour ce morceau de plénitude vécue.

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  • 26 juillet 2018 à 0 h 12 min
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    Bien joué les boyz, ça avait pas l’air évident mais ça donne grave envie !
    Bisous mes ptites dindes

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