Le GR54 : c’est l’autre nom de ce Tour de l’Oisans et des Écrins. Ce GR, c’est l’un des plus mythiques de France. En effet, pendant ce tour, et contrairement à d’autres massifs, j’aurai la change de pouvoir pénétrer dans la zone cœur de ce Parc National des Écrins. Ce qui en fait l’une des randonnées les plus sauvages dans toute l’Europe !

Au programme de ces 10 jours dans l’Oisans et les Écrins : 14 cols + 14 000 de dénivelé et environ 190 km à parcourir ! Un véritable défit physique m’attend, pour ce qui restera l’une des plus belles randonnées que j’ai faite jusqu’à présent.

Embarquement immédiat pour une randonnée magnifique au cœur de l’Oisans et des Écrins.

Jour 1 : Pas de round d’observation (Bourg d’Oisans – Besse)

Après avoir roulé pendant 3h30, j’arrive dans le village de Bourg-d’Oisans sur les coups de 11h. Au cœur du massif de l’Oisans, le village est très animé en ce dernier jour du mois de Juin. Je gare ma voiture, effectue les dernières vérifications et je me lance donc sur ce GR54. C’est partit pour une dizaine de jours dans ces deux massifs à cheval entre l’Isère et les Hautes Alpes.

Pas de round d’observation. Dès les premiers km la montée en direction de l’Alpe d’Huez est raide, très raide ! J’ai du mal à trouver mon rythme, la chaleur est étouffante, heureusement les quelques passages dans la forêt sont une aubaine pour trouver un poil de fraicheur. L’occasion pour moi, déjà, après seulement 2h de marche de faire ma pause déjeuné, le long de la rivière de la Sarenne. L’après-midi est plus calme. La montée est continue mais reste assez douce et malgré les longues heures de marche je me sens bien physiquement. L’arrivée en fin d’après-midi au col de la Sarenne est la récompense de toute la journée. Une vue magnifique à 1 999m d’altitude sur les Écrins et une partie de Belledonne. Après une longue pause bien méritée il est temps d’attaquer la redescente : il est 17h30, les ombres s’allongent et le fond vallée est déjà dans l’ombre des montagnes. La descente est raide et casse les pattes. Je traverse les villages de Calvans le Haut puis Calvans le Bas. Je traverse la rivière, et là m’attend la montée finale. Un peu comme le boss final de ce premier niveau : c’est celle qui finie de m’achever. Il est plus de 19h, je suis rincé et je m’attaque aux premiers lacets de cette montée qui durera 1h. Interminable, je râle, je peste tout seul, mais finalement le fruit de mes effort m’attend là haut. Le village Besse est superbe : tout de pierres sombres vêtu, c’est vraiment dépaysant et pittoresque. Le tout dans un décors grandiose.

L’ambiance typique du village de Besse
avec ses rues et ses murs tout de pierres vêtus.

Je termine ma première journée quelques minutes plus tard lorsque je croise le camping municipal. Ma montre indique 20h15. Je crois que je vais choisir la facilité ce soir. Je pose ma tente, je pars prendre une douche : froide, mais bien méritée. Je dîne et au lit. La journée aura été longue et vraiment pas épuisante mais je ne m’affole pas : il paraît que c’est normal, tout le monde trouve cette première journée difficile.

La vue depuis le premier col de cette randonnée : le col de la Sarenne. La suite de la randonnée s’annonce excitante

Jour 2 : Servi sur un plateau (Besse – Villar-d’Arène)

La journée est beaucoup plus cool aujourd’hui mais la météo m’indique de possibles orages en fin d’après midi donc j’essaye de partir tôt. Quand je dis j’essaye en général, c’est pas gagné. Aujourd’hui ce sera départ 8h30. Bon c’est toujours mieux qu’hier. Au programme ce matin : la montée jusqu’au plateau d’Emparis. C’est un plateau recouvert d’une pelouse qui ferait rougir les plus beaux stades de foot anglais. Un vrai billard. Le tout, encore une fois surveillé de part et autre par des monts patibulaires encore enneigés où s’accrochent ça et là de blancs glaciers.

Rien à voir avec hier donc, qui était une journée beaucoup plus « habitée » avec pas mal de hameaux et villages à traverser. Ce matin rien de tel, seulement un troupeau de mouton et moi. Là haut sur le plateau d’Emparis je traverse mes premiers névés (ces neiges qui n’ont pas encore fondu mais qui ne passeront pas l’été). Je me trouve un coin sympa pour casser la croûte face au Lac noir. Déjà le ciel est menaçant mais les nuages s’accrochent aux cimes des pics perchés à plus de 3 000m qui nous font face, le lac et moi.

Plus j’avance et plus je sens le temps grossir derrière moi. La descente du plateau d’Emparis est plus douce que celle d’hier. Je traverse le village de la Grave. C’est l’occasion pour moi de remplir mon camel-bag de 3L que j’ai déjà terminé. Le temps est lourd aujourd’hui et la chaleur est accablante sur ce genre de plateaux dépourvu du moindre arbre. Mais je ne peux pas trainer car derrière moi le ciel gronde déjà. Je dépasse le village de Villar d’Arène. Ça y est maintenant c’est sûr l’orage va me rattraper. Le vent souffle de plus en plus fort dans mon dos. Ce genre de vent froid et humide typique des tempêtes d’été. J’accélère encore. Je trotte désormais. Je cherche la moindre parcelle pour poser ma tente et passer la nuit. Soudain, j’aperçois un panneau « camping municipal 1km ». C’est parfait, je passerai la nuit là, en espérant que l’orage me laisse encore tranquille 20 minutes … Il m’en laisserai 23. Exactement le temps pour moi d’arriver au camping, de monter ma tente, puis de nous jeter dedans mon sac et moi . Désormais il pleut à grosse gouttes. Dehors tout est trempé en 1 minute seulement.

L’orage n’était finalement que très ponctuel. Rien qu’une petite heure, juste le temps pour moi de faire une sieste. Ce soir ce sera donc encore le luxe d’un camping. Celui-ci tombait à pic.

Le Lac Cristallin perché sur le Plateau d’Emparis : vue imprenable sur les massifs des Écrins aux alentours

Jour 3 : Au paradis (Villar d’Arène – Monêtier les Bains)

A chaque jour son col. Voir même SES cols. C’est un peu l’histoire de ce Tour de l’Oisans et des Écrins. Aujourd’hui ce sera « juste » le col d’Arsine avec près de 800m à grimper. La configuration est un peu la même qu’hier : montée du col le matin et redescente pour aller dormir dans la vallée.

Mais cette fois-ci la redescente le long du torrent jusqu’au village de Monêtier les Bains est grandiose. Véritable enchantement dans un décors enchanteur : une vallée recouverte d’une douce pelouse verte et parsemée de fleurs des montagnes colorées, un torrent d’une couleur bleue turquoise qui sort directement du blanc glacier qui contraste, tout en haut du tableau, avec le noir des pics de schiste nichés à plus de 3 000m d’altitude.

Au col le panneau indiquait 2h30 pour redescendre dans la vallée. J’en mettrai presque quatre tellement cette ambiance sublime m’envoute. C’est ainsi que je termine cette troisième journée de marche, au paradis, disons plutôt sympathique. C’est même la plus merveilleuse des journées de ce trek. Et une fois encore, aux alentours de 18h, comme les jours précédents, que l’orage commence à ce former. Aujourd’hui j’aurai moins de change qu’hier. Il ne m’aura manquer que 5 minutes pour échapper au déluge. Tant pis, c’est sur la pelouse trempée du camping municipal, qui là encore se trouvait à point nommé, que je planterai ma tente ce soir.

La descente du Col d’Arsine jusqu’au village de Monetier les Bains est une pure merveille

Jour 4 : En solitaire (Monêtier les Bains – Vallouise)

Journée en solitaire aujourd’hui. Je me lève tardivement après avoir discuté jusque tard avec d’autres pensionnaires du camping. C’est donc sur les coups de 9h30 que je plie ma tente et décolle. Un arrêt au village de Monêtier pour se ravitailler en fromage – pain – charcuterie et c’est repartit !

La montée est assez peu intéressante car elle passe par les pistes de ski de Serre Chevalier Vallée. J’étais prévenu, certains randonneurs, notamment hier soir, m’avaient parlé de cette montée assez peu réjouissante. J’ai donc décidé de prendre un itinéraire différent de celui du GR. Je passe par une petite sente à travers la forêt, de l’autre coté du Pic de la Cucumelle. La montée est terrible. Pas de lacet, le chemin est directe et d’une difficulté inouï. Mes mollets chauffent et se raidissent dès les premiers pas. Mes tendons d’Achille se font de plus en plus douloureux. Je redouble de vigilance pour éviter de réveiller une vieille tendinite. Mais malgré mon bâton, qui m’aide à avancer, j’ai du mal à mettre un pas devant l’autre. Je sue à grosse gouttes. Je fais des pauses très régulièrement. J’ai pour la première fois de cette randonnée l’impression que je ne vais pas y arriver … Heureusement pour moi je suis dans ce sous bois où l’air y est plus frais en cette fin de matinée ensoleillé. 1h30 : c’est le temps qui m’aura fallu pour parcourir seulement 2km en forêt. Et ce n’est pas finit car lorsque je sors de ce bois, il me reste encore la même distance. Mais la montée est un peu moins raide puisqu’elle est désormais en lacets. 1h plus tard, je me retrouve tout près du Col du Grand Pré, il est l’heure de manger. Je pose mon sac, ou plutôt m’effondre avec mon sac sur le sol. Je me retourne. Devant moi encore un sublime panorama : celui de la vallée de Serre Chevalier et le village de Monêtier qui est désormais tout petit. Wahou ! Quel exploit et quel récompense ! Je finirai cette montée le sourire aux lèvres (la vue + la satisfaction d’avoir réussi la montée)

La pause déjeuné est bien méritée, la montée était éreintante

La redescente depuis le Col du Grand Pré est longue et fastidieuse. Le tout au milieu de 2 orages qui restent agrippés aux cimes de montagnes et me laissent un moment tranquille, moi qui redescend la vallée. Je sortirai quand même un peu mon K-way, juste histoire de dire qu’il ne m’a pas été inutile pendant cette randonnée. Je m’en sors bien donc, mais la descente est toujours là et les km sont si longs à parcourir. C’est interminable. Mais finalement j’arrive à la petite ville de Vallouise. Une belle pause s’impose. Je m’y repose et repars après l’achat de quelques provisions qu’on me propose. Car oui demain je dors dans les montagnes.

Cette fois-ci, l’orage est passé plus tôt, je suis donc tranquille pour trouver un coin où dormir. Je continue quelques km après Vallouise pour me trouver un petit coin sous les arbres, près d’une rivière où je passerai la nuit.

La vue depuis ma pause déjeuné est bien méritée

Jour 5 : Jusqu’ici tout va bien … (Vallouise – Refuge du Pré de la Chaumette)

Départ à 8h30, aujourd’hui c’est le sommet de cette randonnée : le Col de l’Aup Martin niché à 2 761m d’altitude. La montée est très progressive. Je remonte le torrent sur plusieurs km. Parfait pour se chauffer les mollets et décrasser un peu l’organisme. Deux amis allemands et leur tout petit chien me doublent dès le matin. Ce sont les seuls randonneurs que je croiserai jusqu’au col de l’Aup Martin. Dans un premier temps le sentier est très bien, l’environnement est magnifique je remonte doucement la vallée, mais petit à petit je commence à traverser des névés de plus en plus grands. Je me dis que ce n’est rien, un peu plus de vigilance et que tout ira bien. Pause déjeuné sur l’herbe de la montagne près d’un petit lac. Jusqu’ici tout va bien …

Le spot idéal pour pique niquer.

Dès lors tout devient plus compliqué. La montée est plus raide, le tracé moins visible car je quitte l’herbe pour les cailloux. Le schiste noir est plus friable et glissant. Les névés de plus en plus grands, nombreux, pentus et dangereux. Une chose me rassure : le duo allemand et leur acolyte canin. Je vois leurs traces dans les névés. S’ils ont réussi, je devrais y arriver. Mais l’épreuve se complique encore. Dans un énième névé, très pentu, je glisse et manque de dévaler la pente 50-100m plus bas. Mon bâton lui n’a pas eu cette chance, je le regarde glisser, impuissant. Au revoir … Je reprend mes esprits et repars à travers ce névé. Après 30 min pour faire 30m, j’y arrive. Je suis maintenant bloqué sur une petite partie non enneigée de schiste noir de 5m². Autour de moi, le décors digne du Mordor dans le Seigneur des Anneaux : tout n’est que schiste noir et friable. Les pics sont imposants, terrifiant. Tout n’est que sombre et blanc. Plus de verte prairie où règne cette ambiance bucolique. Non, ici je ne me sens pas le bienvenu dans un cadre si inhospitalier.

Je prends une pause. Derrière moi le névé le plus dangereux jusqu’à présent. Devant moi je découvre un névé 3 fois plus long, pentu, et dangereux. Au bout : le col, enfin.

Voilà à quoi pouvait ressembler l’épreuve du névé. Celui-ci est relativement petit mais pentu.

C’est à ce moment là que je vois les deux allemands et leur chien revenir sur leurs pas. Je les pensais devant moi mais au vu de la dangerosité de l’affaire, ils ont préféré faire demi tour jusqu’au village de départ et prendre l’autre chemin le lendemain.

Je suis donc maintenant seul, complètement seul. Bien sûr, aucun réseau. Je n’ai plus le choix je me sens comme bloqué, piégé. Après un temps de réflexion je finis par m’engager face à ce mur blanc, relativement peu convaincu de ma réussite. J’y vais Chaque geste est appliqué la moindre erreur pourrait me couter cher. D’abord quelques coups de pieds dans la neige pour créer un petit renfoncement, puis je pose bien mon pied droit, ensuite je plante les doigts de ma main gauche, puis ma main droite et je ramène ma jambe gauche, je tape la neige pour créer la petite cavité et venir poser en sécurité mon pied gaiche. Enfin je pousse avec ma jambe droite et je répète l’opération.

Après 10 pas dans cette situation périlleuse, je ne me sens pas et je rebrousse chemin vers ma petite plateforme. Mais le chemin retour ne me convient pas. L’autre sens me met trop en déséquilibre et c’est au tour de ma jambe gauche de contrebalancer le poids de tout le corps. Moi qui suit droitier c’est trop délicat. Finalement je pense que j’ai plus de chance en rebroussant chemin sur les névés déjà franchi que de tenter cette ultime ascension. Alors je repars. Tous les 10 pas, vraiment tous les 10, je dois m’arrêter reprendre mon souffle, le stress augmente considérablement mon rythme cardiaque en plus de l’effort physique, reposer mes jambes : notamment ma cuisse droite qui porte constamment mon poids. Je souffle sur mes doigts qui sont gelés puis je repars, sans regarder en bas. Je passerai 2h dans cet enfer. 2h à faire 10 pas, reprendre son souffle, souffler sur ces doigts bleus et continuer tête baissée. 2h à garder une concentration sans faille dans un environnement extrême, soumis au vertige et au stress permanent. Et ce n’est pas finit. Car arrivé, enfin au Col de l’Aup Martin il me reste 30 min (à plat) sur un chemin inexistant ou presque, où seul 1 pied peu passer. Le tout, toujours sur cette roche friable qui se détache extrêmement facilement et qui pourrait m’emporter 100m plus bas.

Niveau de difficulté : « euh pas franchement franchement évident »

Ce n’est qu’une fois arrivé au deuxième col : le Pas de la Cavale, que je relâche la pression. C’est finit, la redescente est facile et je vois au loin le refuge près duquel je vais dormir. Quelle épreuve, je suis exténué, vidé de toute énergie. Je met prêt d’une demie heure à réaliser ce que je viens de franchir. Seul, sans aucun équipement. Personne n’est passé là depuis plusieurs jours. Personne ? Et bien si ! Car dans la redescente, je rattrape un couple qui vient de passer le col juste 2h avant moi. Eux avaient certes des bâtons mais n’étaient pas plus équipés que moi. On discute de cette aventure, ils en ont autant bavé que moi. La fin de la journée est plus tranquille je vous avoue. Le refuge – une bière – le dîner du refuge (bien mérité) – et au dodo dans ma tente : assez d’aventure pour aujourd’hui !

Vue depuis le col de l’Aup Martin, on se rend mieux compte de l’enfer dans lequel j’ai évolué pendant plus de 4h en tout !

Jour 6 : Les montagnes russes (Refuge du pré de la Chaumette – La Chapelle en Valgaudémar)

Aujourd’hui je ne veux pas passer la journée en solitaire. Je rejoins un groupe d’amis. Le départ est difficile: la journée d’hier a laissé des traces. Nous devons franchir trois cols aujourd’hui, tous situés autour de 2 600 d’altitude. La première montée est vraiment compliqué, j’ai les jambes lourdes, les 5 jours de rando derrières moi commencent à me peser. C’est dans la plus grande des difficultés que j’arrive à me hisser jusqu’au premier col : le col de la Valette. Une pause bien méritée, quelques photos et on entame la redescente dans un environnement noir et minéral. Le deuxième col est plus court. Ça va mieux, je retrouve mes jambes et mon souffle. Enfin le troisième col : le col de Vallonpierre. C’est le dernier et peut-être le plus technique et délicat. Cette dernière montée est très raide sur un versant pentu et périlleux toujours dans cet environnement inhospitalier. Là encore le sentier est très étroit, parfois à peine la place pour caler son pied. Je prend mon temps pour franchir donc ce col à 2 607m. La dernière partie des ces montagnes russes c’est la descente du col jusqu’au refuge de Vallonpierre niché au milieu des montagne et au pied d’un lac. Sublime panorama. C’est là où je vais manger et siester. Ma pause de midi aura duré un peu longtemps mais bon dans un environnement comme ça : y’a pas de mal à ce faire du bien. Je quitte donc ce lieu fabuleux pour continuer à descendre dans la vallée. Cette fois seul, mes compère s’arrêteront là pour aujourd’hui. Moi j’ai encore les jambes mais la descente est longue… Les premières ampoules apparaissent à cause des chaussures trempées par la neige d’hier. Une fois en bas, je m’arrête dans la rivière laver un peu de linge. Après 4h-4h30 de descente depuis le refuge de Vallonpierre j’arrive au bout de l’une des étapes les plus longue de cette rando. J’arrive aussi à bout de mes forces après 10h de marche. Le village de la Chapelle en Valgaudémar est assez animé. Ce soir je me payerai le luxe d’un camping, avec sa douche chaude !

Le refuge de Vallonpierre niché dans un cadre exceptionnel.

Jour 7 : La rencontre (la Chapelle en Valgaudémar – Le Désert en Valjouffrey)

Je me ravitaille auprès de la petite supérette du village. Il était tant, j’avais plus grand chose. Je quitte La Chapelle en empruntant un chemin qui suit le torrent et qui descend. Parfait, pendant 1h je peux me chauffer. J’attaque ensuite la montée du col : le seul de la journée cette fois-ci. Le panneau en bas indique 4h30 de montée… Je suis pas arrivé… La montée est … difficile. Un peu comme toutes les autres montées en fait. Mais comme toujours petit à petit les mollets et les cuisses brulent moins et je me sens mieux. Aujourd’hui la météo est bien changeante et la brume, même si éparse, est bien présente. Le refuge des Souffles, situé au milieu de la montée, est un bon spot pour pique niquer aujourd’hui. Dans la deuxième partie de la montée, certains passages sont périlleux : cascades à traverser, main courante, sentier étroit, précipice … A quelques encablures du col, un berger surveille d’en haut son troupeau de moutons, le tout dans une brume dansante. L’image est belle.

Caché dans les nuages, muni de son bâton, il surveille le troupeau

Quant à moi, j’arrive enfin au col de la Vaurze, la montre m’indique seulement 4h depuis le panneau en bas. Je suis plutôt satisfait. Mais malgré la relative vitesse, la fatigue est bien là, mes muscles sont à bout. Il m’aurait fallu une journée de repos aujourd’hui. En attendant je prends bien mon temps pour profiter de cette belle vue sur les deux vallées. Je suis tout seul, pas de randonneurs à l’horizon. Dans la redescente je prends mon temps. Mais la motivation semble avoir disparu au profit de la fatigue. Je suis bougon, je râle, traine des pieds, manque de tomber une centaine de fois. Il m’aurait vraiment fallu une journée de repos… J’avance petit à petit, j’ai du mal à retenir mon poids + celui du sac dans la descente, mes cuisses et mes genoux sont en feu… Rien ne va, je n’ai plus de jus. Quand tout à coup, surgit, à côté de moi une ombre gigantesque qui me fait presque sursauter. Je me dis « soit il est juste au dessus de ma tête, soit il est immense ». Et bien les 2 ! C’est la rencontre du séjour : un gypaète barbu, l’un de mes oiseaux préféré car si majestueux mais si rare dans nos montagnes. Il me survole d’à peine 3m, j’ai presque la possibilité de le toucher si je tend le bras, mais je reste stoïque, bouche bée. Il est si imposant et si calme. Le bruit de ses ailes immenses perce le calme environnant. Je suis aux anges. Le rapace effectuera deux tours autour de ma tête et continuera son chemin près des cimes enneigées. Quelle rencontre extraordinaire. Je me sens privilégié. Et c’est donc avec le sourire désormais que je continue ma descente (qui durera quand même 3 bonnes heures) jusqu’au village du Désert en Valjouffrey.

Rencontre avec cet oiseau quasi légendaire

Jour 8 : Comment j’ai pu monter tout ça ? (le Désert en Valjouffrey – le refuge de la Muzelle)

Sur ma feuille de route il est écrit pour aujourd’hui : 2 140m de dénivelé positif. Autant vous dire que j’avais déjà mal avant même de commence. En fait ce qui m’attend aujourd’hui c’est un mur. Enfin, même deux ! Le profil de l’étape : je monte le col de Côte Belle, descend jusqu’en bas de la vallée et remonte le col de la Muzelle pour terminer en peu plus en contrebas vers le refuge du même nom.

Heureusement pour moi, ma motivation est de retour. La rencontre d’hier + une bonne nuit de sommeil = rechargé à bloc. Je démarre rempli de tout ça, mais toujours tout seul. Cela fait maintenant plus de 24h que je n’ai pas croisé un humain ou presque. J’attaque donc tout seul cette montée qui met à rude épreuve ma volonté de fer. Au milieu de la montée mon sac s’ouvre, je perds quelques affaires, je les ramasses, toutes ? C’est ce que je verrai plus tard … Peut de temps après le col de Côte Belle est en vue, plus que quelques mètres. 2h d’efforts intenses au lieu des 3 que m’avaient indiqué le panneau. Pas mal. Le soleil tape fort et la partie en sous bois de la redescente est fort appréciable. J’y croise enfin d’autres randonneurs. L’occasion pour moi de discuter, c’est toujours sympa de pouvoir échanger. Cela fait toujours du bien, surtout pour le moral. Une fois arrivée en bas, il est largement l’heure de manger, enfin c’est ce que me dit mon ventre qui gargouille depuis 3/4 d’heure. Je me trouve un coin à l’ombre, au pied de la montée pour casser la croute. J’ouvre mon sac et quelle n’est pas ma déception lorsque je m’aperçois que ma baguette s’est fait la malle dans la montée. Dommage, entière, elle fera plaisir aux marmottes et moi je me consolerai avec du comté sur sa tranche de saucisson…

Près de là où je déjeune, je regarde le panneau qui indique 3h45. Puis je regarde ce dernier col : il semble infranchissable, il a l’air si abrupte. 3h45 d’effort intense m’attendent. J’en ai presque peur tellement il est impressionnant. Mais après tout, j’ai réussi à franchir tous les obstacles jusqu’à présent alors pourquoi pas celui là. Alors je démarre, petit rythme, tout petit. Sous cette chaleur accablante c’est vite épuisant. Pas un arbre sous lequel m’abriter. Je sue, je bois, je ressue et je rebois. Je croise des randonneurs dans l’autre sens qui me souhaitent bon courage en insistant bien sur le fait que ce soit particulièrement ardu. Est – ce que c’est censé me rassurer ? Non je n’crois pas, non. Mais je m’accroche. Je fais des pauses toutes les 10 min. Il fait si chaud que j’ai parfois l’impression d’être au bord du malaise. Une petite cascade me sauve de la surchauffe. Je m’y baigne quasiment. La dernière partie est la pire. Sur cet éternel schiste noir et friable, les lacets sont cassant. Chaque pas m’érode, chaque pas m’émousse et m’essouffle un peu plus mais je sais que c’est l’un des derniers cols alors je jette tout ce qu’il me reste dans la bagarre : moi contre la montée. Finalement, après tant d’effort, j’arrive au sommet de ce col de la Muzelle à 2 625m. C’est presque un miracle j’ai l’impression. Comment j’ai fait pour gravir tout ça ? Une fois de plus j’ai fait vite sans m’en rendre compte. La montée n’aura durée « que 2h30 ». Quoiqu’il en soit de là haut la vue est invraisemblable. Devant moi j’aperçois au loin le lac de la Muzelle avec le refuge en surplomb. A droite l’imposant glacier de la Muzelle d’où sortent des cascades d’eaux claires. Ça et là quelques névés contrastant avec la roche noire qui m’entoure. Et tout au fond la vallée somptueuse et la station des 2 Alpes. Je n’ai pas envie de bouger d’ici !

La vue depuis le Refuge de la Muzelle. En face le col du même nom d’où je viens

La redescente est belle mais dangereuse au milieu de ces névés et de ces roches glissantes. J’arrive sain et sauf au refuge. J’ai terminé. A moi le repos, la bière et la sieste au milieu de tout ça.

Jour 9 : Ça y est c’est finit (le Refuge de la Muzelle – Le Boug d’Oisans)

Dernière journée. Et oui déjà… En 9 jours (seulement) j’aurai réussi à boucler ce tour de l’Oisans et de Écrins, non sans mal. Mais ce n’est pas encore tout à fait terminé. Avant ça, l’ultime col : le Col du Vallon. Pas évident pour mes guiboles endolories de la veille et des 7 jours précédents. Mais aujourd’hui je ne suis pas seul, bon nombre de personnes prennent ce chemin pour une belle petite escapade de deux jours. Cela me permet de me caler sur leur rythme de marche et de d’y arriver. La descente jusqu’au lac du Lautivel est la partie la plus compliquée de cette descente finale. L’arrivée au lac est de bonne augure et la pause, les pieds dans l’eau, est envoutante. Je traine plusieurs heures à profiter de ces derniers instants de mon dur périple. Je termine les dernières provisions de mon sac à dos, il est maintenant bien plus léger.

La dernière descente vers le Lac du Lautivel avant de retrouver ma voiture

La fin de la descente est moins intéressante, cela me permet de me perdre dans mes pensées en me remémorant les bons moments durant ces 9 jours. Quelle épopée passionnante dans ces paysages si imposant et dans cet environnement sauvage. Rarement je n’ai autant souffert dans une randonnée mais rarement les récompenses n’ont été aussi belles.

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Le merveilleux et audacieux Tour de l’Oisans et des Écrins
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