Un soir de semaine. Cinq heures de bus. L’arrivée dans un désert ou presque… Cette nouvelle étape se prénomme El Calafate : ses larges routes jonchées d’immenses lampadaires, ses maisons étendues entre des monticules de chemins de sable. Dans l’air, ma narine prohiminante reconnaît une odeur familière: l’enivrante douceur de l’asado, qui vous aguicherait le museau en moins de deux, pour sûr.

Le fameux glacier du Perito Moreno nous attend. En quête d’aventure et de revanche, nous tentons pour la deuxième fois la délicate épreuve du stop. Les voitures défilent inlassablement. Les refoules aussi. Des chiens errants nous suivent depuis le début. Difficile tâche que de se débarrasser de ces boules de poils, qui copulent à côté de nos pouces levés et nos visages déconfits.

Faibles de nos efforts une nouvelle fois vains, le sauveur de taxi Julian, le teint latin, arrive à la rescousse. Le sourire ravageur où l’on aperçoit deux cœurs dorés incrustés sur les canines. Les inévitables steppes argentines défilent sous nos yeux. Le lac Argentino, d’un bleu azur somptueux, caresse notre rétine et cette sensation de liberté nous anime à mesure que l’on s’approche d’une force de la nature.

Au loin, discrètement apparaît cet immense bloc de glace. Il crépite, comme si de la dynamite explosait dans ses entrailles. Cette sensation de mouvement est incroyable. Les cinquante nuances de bleu qui le revêtent sont indescriptible. Voyez plutôt.

C’est une beauté pure, brute, impalpable par son allure majestueuse et écrasante. Si fragile, aussi. Les chutes de glaces aussi impressionnantes soient-elles nous ramènent aux dangers du réchauffement climatique et à notre condition de petit être humain face à cette nature démentielle. Deux heures à le contempler sous toutes ses formes, tous ses angles. Il happe notre regard et monopolise notre attention. Le quitter est un déchirement. Il faut partir, slalomer entre les perches à selfie, – véritable plaie du 21ème siècle – avec en tête la certitude d’avoir vu l’une des choses les plus belles et saisissantes de sa vie.

Jonathan

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Le Perito Moreno, majestueux et somptueux
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2 avis sur « Le Perito Moreno, majestueux et somptueux »

  • 18 mars 2018 à 9 h 24 min
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    Comme on doit se sentir minuscule……..c est magnifique 😃

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  • 19 mars 2018 à 18 h 22 min
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    belle écriture, nerveuse et précise, merci!

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