Après avoir visité la très touristique région du Sud Lipez et le Salar d’Uyuni, parmi les 4×4 et les groupes de touristes (principalement français) nous avions envie de retrouver quelque chose de plus authentique, hors du sentier touristique pré défini dans les guides.

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés à Tarija, ville de 135 000 âmes et capitale bolivienne du vin. Mais ce n’est pas exactement pour cela que nous y avons posé nos mochillas pendant près d’une semaine.

En effet, 2 mois plus tôt, rencontrée au Paraguay, une voyageuse nous avait parlé de ce trek de 2 jours dans la Cordillère de Sama dans la région de Tarija. Une randonnée à plus de 3000 mètres d’altitude, à travers des paysages andins uniques, suivant l’ancien, et un peu oublié des touristes, Chemin de l’Inka. Il ne nous en fallait pas plus pour nous convaincre !

Pour faire ce trek c’est plus compliqué que trouver un tour opérateur qui vous emmène dans le Salar d’Uyuni. En effet l’éloignement des sentiers touristiques a un prix : celui de la difficulté d’accès. Un peu comme nager à contre-courant finalement.

Bref, pour cela nous avons dû aller, la veille, à la SERNAP (le service national de gestion des aires protégées boliviennes) pour pouvoir s’enregistrer. C’est donc le lendemain que tout commence. Nous prenons un folklorique micro (bus de ville) qui nous conduit jusqu’à la gare routière située à l’extérieur de la ville. De là nous sautons dans le bus à 9h du matin avec le sac à dos chargé de nos sacs de couchage,  quelques vivres  et quelques affaires chaudes pour pouvoir affronter les températures négatives qui sévissent à cette période de l’année. Après plus de 2h de route le chauffeur nous dépose sur le bas-côté, au milieu de rien. Enfin si, au milieu de la Cordillère des Andes entre lagunes et monts dépourvus d’arbres : le désert.

C’est à travers ce paysage paisible, jaunis par une saison sèche mais parsemé de quelques lagunes artificielles que nous marchons pendant 4-5 heures pour rejoindre notre refuge du soir. Ici pas un bruit, pas de klaxons, la frénésie de la cité laisse place à un calme placide où seul le bruit  du vent dans les broussailles vient perturber cette paisible atmosphère. Au cours de cette première journée de randonnée nous rencontrons plus de lamas que d’habitants, bien surpris de voir des étrangers dans le coin. Il est 16h, nous arrivons devant le refuge. C’est fermé, il n’y a personne, ni devant, ni dedans. La faible fréquentation des lieux ne justifie pas la présence quotidienne des gérants de l’établissement. Il fallait « réserver » (annoncer sa venue tout simplement) la veille. Chose que nous n’avions pas faite.

 

Nous restons donc plantés là devant le refuge, à prier sa bonne étoile, à implorer notre karma et à s’imaginer des solutions de dernier recours. A force de persévérance une personne du village sort de nulle part. Voilà notre messie. On s’adresse à lui, expliquant l’imbroglio dans lequel nous étions. En grand sauveur qu’il est, il nous rassure, appelle notre hôte qui débarque 1 heure plus tard et nous ouvre les portes de son abris. Après nous avoir montré le dortoir, il nous laisse les clés du refuge. On se retrouve donc seul, au milieu de nulle part, pas une âme à l’horizon, le soleil qui s’efface au loin laissant place à un ciel cuivré puis petit à petit une nuit constellée de milliard d’astres. Spectacle simple mais remarquable. Étrange sentiment que de se retrouver seuls au milieu de rien où l’on descelle à peine les quelques lueurs du village situé à une heure de marche d’ici. Pas un bruit. Le silence nous appartient. Nous appartenons au paysage. On se sent insignifiant dans ces moments-là.

Vers 20h, le gérant du refuge nous rejoints avec sa femme et sa fille pour nous servir un repas chaud. Une copieuse assiette de pâtes, pomme de terre, mouton et herbes aromatiques nous est offerte. Nous entamons une timide discussion avec cette famille bolivienne. La femme, avec ses joues creuses, ses longues tresses et sa jupe plissée semble réservée. Leur petite fille nous esquisse quelques sourires malicieux et nous observe du coin de l’œil. Nous sommes étrangers. On chuchote presque dans cette cuisine, afin de ne pas froisser le silence des montagnes. Il y a tant qui nous sépare de cette famille : notre mode de vie, notre niveau de vie, notre cadre de vie, notre physique… Et pourtant nous échangeons sur leur vie, notre voyage, la pluie et le beau temps. Ce moment me paraît hors du temps, en suspension, tellement il est improbable et simple à la fois. C’est un des moments du voyage qu’on ne pouvait imaginer, rêver ou idéaliser, tellement il est banal mais il restera ancré.

Nous nous couchons dans nos lits, seuls locataires des lieux cette nuit-là.

Au petit matin, nous nous levons en même temps que le soleil : tôt. Notre maitre de maison arrive. Il nous prépare un petit déjeuner que nous avalons en vitesse. Dernière discussion avec lui, sur les truites françaises et autres aspérités de notre plat pays. Nous signons le registre des visiteurs et l’on se rend compte que les dernières visites datent d’il y a plus d’une semaine ! Décidément pas bien connu ce trek. Nous quittons notre ami et son auberge et entamons les 30km qui nous séparent de l’arrivée.

Tout au long de la journée, tout n’est qu’émerveillement, stupéfaction, admiration. Une extase à travers ce chemin de l’Inka planté là depuis plus de 500 ans. Un cheminement parfaitement pavé qui descend, descend encore et toujours au plus grand malheur de nos cuisses mais à travers des belvédères grandioses donnant sur la vallée, au plus grand bonheur de nos yeux. On s’imagine les Inkas, les enfants « messagers » de l’empire, les lamas chargés comme des mules, déambuler le long de ce chemin chargé d’histoire. On se sent insignifiants, face à ces paysages grandioses et à cette prouesse qu’est le Chemin de l’Inka.

Après plus de 8 heures d’effort, les jambes tremblotantes, le souffle faible (à une telle altitude), la gorge sèche, mais les étoiles plein la vue nous arrivons à destination.

Aujourd’hui, une fois de plus, nous n’avons croisé aucun touriste, voyageur ou promeneur à travers cette Cordillère de Sama. Parfois, surtout après avoir vu des sites très touristiques, après avoir passé du temps en ville, il est bon de se retrouver seul face à ce que nous offre la Nature. Aujourd’hui avec Caroline, nous n’aurons échangé que très peu paroles. Un peu pour ne pas déranger ce calme qui semble désormais si rare et pourtant si précieux.

 

 

Cédric et Caroline

 898 total views,  1 views today

Le silence des lamas – Trek dans la Cordillère de Sama
Étiqueté avec :                    

4 avis sur « Le silence des lamas – Trek dans la Cordillère de Sama »

  • 14 août 2018 à 10 h 16 min
    Permalien

    Superbe texte et photos qui nous transporte . Les paysages, comme les mots et le style s ‘affûte, pour ne dire et ne faire que l’essentiel et nous invite a méditer sur le sens de nos vie .Merci pour le partage. Elisabethe et Serge

    Répondre
  • 15 août 2018 à 11 h 10 min
    Permalien

    Super retranscription de ce que l’on peut vivre en randonnée et en trek ! Une rencontre authentique des plus marquantes avec vos hôtes et une marche au milieu de l’imposante Cordillière. C’est pour ces moments-là qu’on aime le voyage ! Enjoy !

    Répondre
  • 18 août 2018 à 9 h 21 min
    Permalien

    Un reportage à l’image de votre expérience : touchant sans être ronflant, discret pour décrire l’ample beauté de ces paysages. En effet, « il est bon de se retrouver seul face à ce que nous offre la nature ». Et vivre des moments de partages avec les « gens du crus », un peu hors de tout quotidien tracé, de tout préjugé. Ces trotinnements marqueront à coup sûr un moment très beau de votre périple 🙂 Merci pour ce beau reportage ! (ps : je ne sais pas de qui est la 1ère photo de l’article, mais elle est tout simplement magnifique, que d’ambiance !)

    Répondre
  • 25 août 2018 à 22 h 59 min
    Permalien

    Envie de vous embrasser pour ce moment de bonheur que vous nous transmettez….

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *