Aaah le lac Titicaca, qui n’a jamais rêvé de ce légendaire lac aux allures illusoires ?

Pour les plus jeunes, son nom fait sourire. Pour les plus vieux, il est un nom marquant de la culture Inca. Et pour les voyageurs, il est une étape mythique en Amérique du Sud. Il est le lac navigable le plus haut du monde. Il faut arriver jusqu’à 3 800m d’altitude pour l’apercevoir. Il fait face, au sud, à la Cordillère Royale bolivienne, offrant un panorama d’exception pour ceux qui viennent naviguer en ses eaux.

Au loin, les sommets enneigés de la Cordillère Royale

Le lac Titicaca marque aussi la frontière naturelle et invisible entre la Bolivie et le Pérou. Pour moi, ces 2 pays, ont correspondu à 2 ambiances totalement différentes – 2 visages distincts du lac Titicaca.

La Bolivie et le visage touristique du lac

Depuis Sorata et ma randonnée avortée (/http://les-globeurs.fr/linterminable-trek-de-la-laguna-glaciar/) , le chemin n’est pas bien long jusque sur les bords du lac, une paire d’heure suffisent pour traverser le détroit menant jusqu’à la presqu’île où se trouve la ville de Copacabana. Son nom fait rêver, faisant penser à cette populaire plage brésilienne, mais en réalité le patronyme du lieu est plus captivant que la petite ville en elle-même. En effet, l’endroit autrefois paisible – qui tient son nom de l’Aymara signifiant « vue sur le lac » – est envahi d’hôtels, auberges de jeunesses et autres hébergements en tout genre ainsi que des agences de voyages et des restaurants destiné au tourisme de masse, aseptisant totalement la ville.

Non pas celui là de Copacabana je vous ai dit !

Située sur la route touristique menant de la Bolivie au Pérou, Copacabana est aussi le point de départ pour visiter les îles côté bolivien. Pour rejoindre l’Isla del Sol : centre antique de la culture inca du lac, il faut obligatoirement prendre l’un de ses nombreux bateaux qui font la liaison Copacabana – Isla del Sol. Pas le choix donc, je descends la rue principale menant au port où tous les 10 mètres une personne me propose d’acheter le fameux ticket de bateau. Je m’arrête, un peu au pif,  achète mon billet au même prix que tout le monde et me retrouve embarqué le lendemain matin avec une 30ène d’autres touristes comme moi en direction de l’île. Déjà, l’authenticité n’y ai plus et difficile parmi cette cacophonie anglophone et francophone de se forger l’image francs de ses ancêtres. Mais bon, la beauté des paysages traversés me fait oublier un peu que je suis au milieu d’une masse touristique.

A gauche on aperçoit le petit port d’attache de l’Isla del Sol

Après 3h de navigation, je débarque sur l’île du soleil. En face de moi se dresse l’île, défigurée de dizaines de complexes hôteliers faisant face au port. Par dépit et un peu par flemmardise je me dirige vers l’un deux. Je rencontre la gérante, discute un peu des prix des chambres (toutes privées et plutôt chères) lorsque je me souviens que j’ai une tente… En voilà une bonne idée, pourquoi ne pas planter la tente ici sur ce tout petit coin de pelouse pouvant accueillir un seul emplacement. Voilà enfin ma première initiative qui sort de l’ordinaire circuit touristique. Au total nous ne serons que 2 à planter la tente sur toute l’île : moi côté Sud et l’autre campeur côté Nord.

Une fois installé donc sur l’île j’ai tout le loisir de me balader. Le bout de terre n’est pas grand et une après-midi de marche est largement suffisant pour en connaître les 4 coins.

Durant toute cette journée, je suis partagé entre deux sentiments. Dans un premier temps je suis subjugué par la beauté des paysages que m’offre cette île. Un véritable récital de panoramas à 360° ! Allant des terrasses cultivées de l’île aux monts enneigés de la Cordillère Royale en passant par le doux bleu du lac Titicaca.

Mais très vite la réalité me rattrape. Celle d’une île vouée au culte du tourisme et non plus du Soleil. Ce sont désormais les reflets des bibelots (sans doute Made In China), qu’on retrouve à l’identique partout dans le pays, qui illumine l’Isla del Sol. Les ballets des bondés bateaux n’ont pas cessés de l’après-midi. Les stands de babioles défigurent les petites ruelles piétonnes. Les hôtels et auberges abîment le visage de l’île.

Toujours les mêmes souvenirs que l’on croise partout dans le pays

Après une bonne journée de caminata, jonchée de belles surprises et de quelques déceptions je me poste au point le plus haut de l’isla pour admirer le coucher du soleil. C’est ici que je retrouve mes collègues voyageurs et touristes. Nous sommes beaucoup moins nombreux que le matin. Rare sont ceux qui peuvent donner autant de temps à l’Isla del Sol et y passer une nuit. C’est aussi là que je retrouve l’autre tente de l’île : lui a choisi le couché du soleil, moi j’ai choisi le levé.

Avec l’Alpaga qui pose, oui je suis d’accord ça fait peut être un peu trop cliché là.

C’est donc avec un groupe restreint que nous partageons ce somptueux spectacle qui nous ait offert. L’ambiance est plus calme à ce moment là. Profitant de chaque secondes et soleil qui descend lentement, à son rythme, je me dit que c’est une belle manière de clôturer cette journée en donnant un peu de mon temps (si précieux apparemment) pour admirer et rendre hommage au Dieu Soleil (Inti en Quechua)

Je regagne ma tente, de l’autre côté du petit bout de terre, des images plein la tête, prêt à rêver. La nuit sera plutôt courte : levé à 4h30 pour profiter de retour du Soleil 15min plus tard. Cette fois-ci je suis seul. La scène devant moi est à couper le souffle : le ciel rose se peint peu à peu en jaune puis en blanc déposant sa couleur rousse sur les cimes des montagnes au lointain.

Le jeu des ombres chinoises est plutôt bien fait

Il est 10h, l’heure de rentrer sur le « continent ». J’abandonne donc cette petite île qui m’a néanmoins laissé sous le charme. Car malgré ce faux tintamarre pipeauté aux touristes en quêtes de clichés clichés, il reste une véritable vie ici où les habitants jouent leur partition : sincère, vrai et quotidienne permettant de conserver encore un peu d’authenticité (cette chose si rare et si précieuse que je suis venue chercher au cours de mon voyage).

Le Pérou et son visage un peu plus authentique

Heureusement, il est tout à fait possible et même plutôt aisé de découvrir le lac d’une manière plus véritable. Avec un peu de persévérance, d’audace et de temps (ce que n’ont généralement pas les pressés touristes) j’ai pu pénétrer dans le quotidien des péruviens habitant près des rives du lac Titicaca

Pour cela, rien de plus simple… De retour de l’Isla del Sol, une fois arrivé à Copacabana, vous prenez un minibus pour 5-6km. Direction la frontière. Une fois arrivé, vous vous faites tamponner (en tout bien tout honneur) votre passeport pour la sortie de la Bolivie. Puis vous marchez 5min vers le poste d’entrée au Pérou. Tout content, vous rajoutez un tampon sur votre passeport. Une fois sortit de poste des douanes vous prenez un taxi jusqu’au village. De là, vous attendez un autre mini bus (un peu plus grand que le premier : type 15 places). Vous montez dedans et effectuez les 3h de route en direction de Puno. Arrivé dans cette ville sans intérêt, vous la traversé à la hâte évitant les rabatteurs vous proposant des tours all inclusive pour visiter les îles flottantes du lac. De Puno vous prenez encore un mini bus, cette fois-ci pour Llachon (promis c’est le dernier). Pendant 2h, vous longez donc maintenant le lac Titicaca, côté Pérou ce coup-ci. La vue est tout aussi belle que chez les boliviens… Ça y est, il est 17h, le soleil n’est pas loin de ce coucher et vous êtes arrivé dans le hameau de Llachon situé au bout de la péninsule de Capachica. Après donc 7h de route à prendre un bateau puis un mini bus puis un taxi puis un autre mini bus et enfin un dernier mini bus, il vous faut désormais trouver un logement. Pour moi cela a été plutôt simple et surtout cela s’est fait avec pas mal de chance. Accompagné de 2 amis, Pif et Astrid, rencontrés un peu plus tôt, on descend le hameau en direction du lac. Sur le chemin pavé on croise des ânes, des moutons mais pas d’humains. Jusqu’à ce moment où une vieille dame sort de chez elle. Nous lui demandons si elle connait quelqu’un qui pourrait nous loger et nous nourrir le temps d’un soir. Très surprise elle marque un temps avant de simplement nous répondre « Si ». Alors nous lui demandons qui ? La vieille dame sourit et d’un geste nous fait signe d’entrer. Cette vieille dame c’est Victoria, elle sera notre hôte pendant une soirée, nous serons ses invités et compagnons pendant un jour.

Très heureuse de pouvoir nous accueillir elle nous amène dans une pièce rudimentaire mais bien tenue où nous passerons la nuit. Nous nous débarrassons de nos lourds sacs à dos et filons sur la plage admirer le coucher du soleil sur le lac Titicaca côté péruvien.

A notre retour, Victoria nous attend pour manger. On s’attable tous ensemble. Elle est enchantée et fière de partager ce repas avec nous. Elle nous raconte un peu la vie qu’elle a eu : la mort jeune de son mari, ses 4 enfants qu’elle a élevé seule et qu’elle a vu partir « à la ville », ses moutons, ses ânes et ses poules qui occupent désormais son quotidien… Puis au détour d’une phrase, Victoria nous explique que nous sommes les premiers touristes qui passons chez elle … Nous somme le 11 décembre. Stupéfaits, on l’a fait répéter pour être sûr mais nous avons bien compris. Elle nous dévoile que le lieu n’est pas facile d’accès, que très peu de monde vient par ici et qu’elle aimerait bien pouvoir discuter plus souvent avec « d’autres personnes ». Ça lui apporte un peu de la compagnie et puis ça met aussi de la mantequilla dans les épinards, il faut pas se leurrer.

Pendant toute la soirée nous échangerons sur nos vies tellement différentes. Lorsque nous parlons de notre pays, Victoria nous regarde avec des yeux effarés, elle qui n’est jamais vraiment sortie de cette péninsule. Le fossé qui nous sépare est immense, et les ressemblances sont rares. Jusqu’à notre espagnol ! Le sien est beaucoup moins scolaire et avec ce fort accent qu’on les gens de la campagne. Pas facile de tout comprendre. Émerveillé par l’échange si précieux que je viens d’avoir avec Victoria je pars me coucher repensant à cet épisode exceptionnel.

Moment unique de partage et d’authenticité ce soir là, qui contraste un peu avec ce que j’ai connu la veille à l’Isla del Sol. Certes ce n’était pas évident de rencontrer Victoria et vivre ce moment. Mais large faisable. Cela m’a paru autant compliqué que de sortir des griffes des circuits touristiques foulés les 365 jours de l’année par des voyageurs qui ne connaissent plus rien de vraiment authentique. J’ai l’impression que pour échapper à cette marche standardisée il m’a suffi juste d’un peu de temps, de patiente, persévérance et un soupçon de chance aussi. Je repars donc heureux d’avoir su sortir de ces fameux  » sentiers battus  » tant convoités, mais aussi un peu frustré de ne pas l’avoir tenté plus souvent.

Dans cet article je parle bien évidemment de mon expérience personnelle et en aucun cas cela ne correspond à une généralité. Bien-sûr la réalité n’est pas aussi manichéenne chaque pays possède ses aspects touristiques et ces aspects plus traditionnels. Il s’agit simplement ici de relater ce que j’y ai, personnellement, découvert dans chacun des 2 pays, de chaque côté du lac.

Cédric

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Les deux visages du lac Titicaca
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2 avis sur « Les deux visages du lac Titicaca »

  • 24 décembre 2018 à 11 h 31 min
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    Cet article est sûrement l’un des plus aboutis et des parlants du blog. Ta plume est claire, sincère et réfléchie. Bravo !

    Encore une fois, heureux de pouvoir revivre mon passage à Copacabana, l’Isla del Sol et Puno par la lecture de tes aventures.

    En te lisant, je constate que tu n’as rien perdu de ton regard critique sur l’industrie touristique et surtout que tu as conservé (voire décuplé) ta capacité à t’émerveiller et à aller vers l’authentique, même après 10 mois de voyage. Tu as sûrement beaucoup changé depuis notre départ, et en bien (je ne parle pas que capillairement) !
    Le road trip nourrit le cœur et l’esprit. Continue sur cette lancée et cette quête du vrai… De ce point de vue, tu es celui qui a le mieux réussi de nous cinq.

    Hasta luego Amigo !

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  • 27 décembre 2018 à 18 h 39 min
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    Très bel article,bien narré et ponctué de photos très apaisantes. Ayant côtoyé la face touristique du lac titicaca, c’est avec une rêverie admirative que je découvre cette seconde expérience nettement plus fine et humaine. Bel accueil, beau fragment d’échange, la vie est faite de ces petits moments imprévus de complicité bricolées et magiques. Continue ainsi, tu tiens un très noble filon d’esprit de voyage 😉

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