Outre les paysages fascinants découverts, les retrouvailles amoureuses et les bons temps passés qui défilent à toute vitesse, il y a des aspects de l’Argentine, et pas des moindres, qui nécessitent bien des attentions. Notamment la pauvreté.

Mon manque de temps passé ici, et la très maigre expérience du pays (à peine 1 semaine et demi), remettent bien sûr en cause la légitimité de mon avis.
Je souhaite parler ici d’observations qui raisonnent en moi.

L’Argentine regorge de beautés à explorer mais les paysages font aussi ressortir de grandes inégalités qui y sont présentes.
En ville, on ne s’en rend pas trop compte au premier abord. La précarité fait partie de l’ambiance. On y croise des personnes pauvres mais rarement des mendiants comme dans les rues françaises. Le visage de la pauvreté semble avoir plusieurs faces. Dans les quartiers populaires, les rues sont moins entretenues, les façades abîmées par le temps et l’abandon, les routes jonchées de nids de poules et les personnes habillées modestement.

Dans ces rues Argentines (de Buenos Aires et Salta), on ne mendie pas, mais on vend, on fabrique des bracelets et on accoste les passants. On se déplace avec son stock d’objets assez futiles, on étale son armée de chaussettes, bonnets, gants, bijoux, journaux, fruits et légumes et bien d’autres articles. Souvent à même le sol, sur un bout de tissu ou sur des étales de fortune,  au milieu des allées aux grands magasins.

Bien qu’on voit des personnes dormir à la rue, la mendicité est rare, mais ces vendeurs à la sauvette m’interrogent sur les inégalités du pays. Ils n’ont pas mauvaise mine et ne correspondent pas au stéréotype du pauvre. Mais pourquoi alors vendent ils ainsi ?
Peut être est-ce le seul moyen d’avoir un petit salaire.

La pauvreté de certains est encore plus prononcée et flagrante quand de jeunes enfants t’abordent, le regard brillant et le sourire manquant, avec entre chaque doigts de petits objets en bois. Ils tentent de t’échanger ces petits bouts taillés à la main contre quelques pesos. C’est une gêne qui s’installe. Un refus de ma part de l’acheter. Un refus gêné face à un enfant qui a besoin de ces quelques pesos dont je pourrais me passer. Alors pourquoi refuser ?
Le nombre de ces petits vendeurs est je pense très important. Au final, adulte ou enfant, chacun est dans le besoin mais l’utilisation des enfants est plus appitoyante, me prend plus au ventre et me bouscule un peu plus dans mes questionnements. Refuser l’achat c’est comme se sentir impuissante face aux inégalités, face à cette pauvreté. La réponse est facile certes. Mais après réflexion,  je crois que c’est la raison de ce non-geste.
On se dit « si je lui achète, ça ne changera pas grand chose à la condition « et en même temps « si ça se trouve ces quelques pesos pourront l’aider à nourrir son entourage ». On entre un peu dans un questionnement schizophrénique, arrivant à une conclusion que l’on ne contrôle plus vraiment les modèles actuels de nos vies sociales et économiques. On pourrait tenter de changer tout cela par nos réflexions sur nos modes de consommation, de vie, mais cela semble utopiste. Malgré tout j’ai envie de rester positive, me dire qu’à force de constatations, de réflexions, d’éducation, on pourrait arriver à quelque chose de convenable  (peut être pas de mon vivant je vous l’accorde).

Bref, l’Argentine est un pays où les paysages resplendissent, la nature est incroyable, les villes curieuses et variées. Les gens sont avenants, polis, mais on y voit de grandes différences et difficultés de vie. Et cela ne semble pas s’arranger lorsque l’on constate la file d’attente devant les banques.
Il y a deux ans, 1€ équivalait à 10 pesos, aujourd’hui 1€ vaut environ 31 pesos (cela varie très souvent, depuis que je suis ici la variation est de 29 à 32 pesos).  J’imagine que la vie se complique pour le peuple argentin, sans vraiment m’en rendre compte.
Ce que je décris ci dessus est ce que j’ai observé dans les grandes villes et les endroits fréquentés par les touristes… Mais qu’en est-il de la périphérie des grandes villes et des villages éloignés ?

Barbara Clouet

L’inégale Argentine (Barbara)
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4 avis sur « L’inégale Argentine (Barbara) »

  • 24 juin 2018 à 6 h 35 min
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    Bonjour Barbara! Et merci pour ce billet car c’est justement parce que tu viens juste d’arriver qu’il est intéressant!
    Cela me fait un peu penser à mon voyage de 20 jours, il y a 2 ans, en Afrique du Sud. J’ai trouvé un pays franchement magnifique, et surtout une « énergie » dans l’air assez difficile à exprimer… Je me rappellerai toujours mes premiers pas sur le sol africain à l’aéroport de Port-elizabeth et cette drôle de sensation de « rentrer à la maison », moi qui n’avait jamais mis les pieds hors de France!
    Mais je ne peux passer sous silence mon malaise profond face à des inégalités aussi abyssales entre les communautés… D’un côté les quartiers blancs, faits de propriétés et de villas de rêve, et de l’autre la misère noire des townships… Et, plus que tout, une sorte d’acceptation ambiante de cet état de fait…Comme si, pour la plupart, chacun se trouvait à sa place dans l’injustice de ce partage… Très dérangeant pour moi…

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    • 26 juin 2018 à 15 h 58 min
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      Merci pour ce commentaire.A ce que tu décris L’histoire de la segregation en Afrique du Sud est encore visible malgré des avancées législatives. Souvent les moeurs et mentalités bougent bien moins vite que les lois, je pense qu’on peut l’observer dans beaucoup de pays, y compris en France. D’ailleurs ce racisme institutionnalisé est aussi très présent en France, il suffit de faire un tour dans les grandes villes et leur périphérie .

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  • 25 juin 2018 à 15 h 41 min
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    Beau billet, Barbara, qui livre en quelques lignes l’une des situations-type de bien des pays dans lesquels les inégalités sont excessives, pas forcément flagrantes d’ailleurs. Vécu en Inde et au Bénin notamment. Je crois aussi que, dans la réponse choisie à la situation concrète, à savoir acheter (ou donner) mais en demeurer insatisfait, tu es à la fois humaine (l’achat a une réelle portée immédiate pour ce jeune!) et consciente que le fond du problème est ailleurs. La mendicité et la pauvreté voulues sont inclues dans certains modes de vie, certains choix; ils ne sont pas à condamner absolument; ce qui est atroce c’est que cela s’impose à beaucoup de par l’avidité des autres. Nos systèmes ultra capitalo-libéraux n’ont pas inventé cela, qui existait bien avant car l’avidité et l’égoïsme sont sans doute des composantes de l’homme lui-même, qui justifient que chez d’autres la compassion et le sens du partage soient là en quelque sorte en « compensation ». Ce qui est par contre totalement choquant, c’est que nos systèmes sociaux actuels, tendant à s’uniformiser hélas, malgré les discours lénifiants et quelques petits actes censés donner le change aux opinions publiques et aux offusqués, acceptent cette logique voire en ont fait une partie intégrante de leur système. Car, quelque part, dans un monde aux richesses non infinies, s’enrichir c’est appauvrir quelqu’un d’autre. Système de flux.
    Générosité immédiate, parce que le cœur l’exige mais travail de fond à très long terme que le développement de la nécessaire entraide, le passage d’une culture du « je me sers tant que je peux » à une culture du partage et du don. Comme Manesh, je comprends totalement ton trouble…

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    • 26 juin 2018 à 1 h 02 min
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      Merci de ton commentaire Daniel !
      Je suis d’accord avec ce que tu dis sur la pauvreté, c’est celle qui est subie qui me fait réagir parfois vivement. Tu poses de bons mots sur ce que j’ai envie de faire passer comme message.
      En revanche, si je peux me permettre, je ne pense pas que l’avidité et l’égoïsme sont des composantes de l’homme par nature. Je pense que ce sont des comportements que l’on apprend, ce sont des constructions sociales et non « naturelles ». Quand on étudie les comportements des enfants qui ne sont pas encore formatés à nos vies en société ces derniers se dirigent la plupart du temps (pour ne pas dire systematiquement) vers la solidarité, ils savent très bien unir les forces ou partager pour se sortir de situations difficiles ou qu’ils jugent inégales.
      On leur apprend, sûrement inconsciemment à travers tous nos actes quotidiens (comme ne pas regarder un sdf dans la rue, ou s’accommoder aux inégalités salariales) à s’habituer aux inégalités voir les intérioriser.
      Là je rejoins ce que tu dis en dernier paragraphe que l’apprentissage de la culture du don sera un travail de longue durée. J’ajouterais: à apprendre au plus tôt dans nos éducations pour remédier aux problèmes de fond. Ca peut te paraitre utopiste mais possible à mon avis !
      🙂

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