Sorata est un petit village localisé à quelques km de la grande capitale Bolivienne. Encastrée dans une vallée profonde, il parait que c’est le lieu de départ de plusieurs randonnées. Ni une, ni deux je monte dans un mini bus et parcours les 140km qui séparent Sorata de La Paz. Assis derrière une cholita (cette femme bolivienne vêtu de l’habit traditionnel et coiffée d’un chapeau melon) je contemple les campagnes et les montagnes que nous passons. Je suis le seul touriste dans ce mini bus.

J’arrive donc en fin de journée dans ce petit village de montagne. Posté à quelques 2 800m d’altitude (relativement peu dans cette région du monde) le temps est bon, le soleil est chaud et l’oxygène y est plus pur et abondant qu’à La Paz (3 800m d’altitude).

En m’informant sur les randos à découvrir aux alentours de Sorata, on m’oriente rapidement vers « la plus belle » : celle de la Laguna Glaciar. La randonnée semble plutôt difficile mais pas insurmontable, sur 2 jours elle permet d’aller jusqu’à la fameuse Laguna Glaciar située à 5 000m et faisant face au mont Illiampu, qui s’élève lui à plus de 6 500m !

Une randonnée toute en altitude donc, avec beaucoup de dénivelé positif. Le temps de rassembler toute la bouffe pour les 2 jours, de louer des batons de randonnée… C’est partit…

Le premier jour de randonnée est assez simple, le transport me dépose à 4 000m d’altitude : reste simplement à monter 200m. Le trajet n’est pas long, normalement 3h de marche sont suffisantes pour atteindre la Laguna Chilata, lieu de campement du 1er soir. Mais cela ne va pas se passer comme prévu. Déjà parce que je n’ai pas de chemins indiqués sur mon GPS  puis parce que toute la journée j’ai marché dans une brume extrêmement épaisse, et enfin car les indications du guide sont très approximatives : « tu verras c’est très simple, tu marches 2h puis tu traverses une première cascade, puis une deuxième et enfin tu arrives à une grande roche; tu passes au milieu de la grande chose et derrière tu as la laguna…« 

Sauf qu’en réalité, après avoir marché pendant un long moment, toujours aucunes traces de cascades. Enfin au bout de 3h de marche, je traverse la première cascade. Puis une deuxième…. Puis une troisième, quatrième et cinquième … Toujours pas la moindre roche à passer !

Si, finalement une immense roche se dresse devant moi au détour d’un virage. Au milieu, un passage se dégage. Le chemin est très escarpé, la montée est rendu très difficile avec l’altitude. A bout de souffle j’arrive au sommet. Je ne vois rien, la brume y est plus épaisse encore. Je regarde le GPS pensant être à une centaine de mètre de la laguna … Pas du tout ! Il me reste encore plusieurs km avant de l’atteindre. La direction Nord-Ouest m’amène droit vers une autre colline abrupte. L’ascension est encore plus difficile et plus longue. Au final pendant près d’1h30 j’ai cru que la laguna serait au prochain virage ou après la prochaine montée. Au total il m’aura fallu 6h de marche pour atteindre cette première lagune. Heureusement j’ai toute l’après-midi pour me reposer et planter la tente au milieu d’une brume toujours aussi opaque.

La Lagune Chillata dans une légère brume

La nuit est pluvieuse, le réveil est matinal et la brume est toujours là. Aujourd’hui est prévu l’ascension finale : de la Laguna Chillata à la Laguna Glaciar, située elle à 5km et 800m plus haut. Autant dire une véritable ascension m’attend.

Je pars  tôt dans le froid et l’humidité. Aujourd’hui j’ai le chemin sur mon GPS donc ce sera plus facile je l’espère. Sauf qu’en réalité, il n’y a pas de chemin. Je me détourne de celui-ci tous les 500m et toutes les 10min je dois m’arrêter, consulter le GPS et retrouver la bonne direction. Une randonnée toujours plus difficile. D’abord physiquement car la montée est constante et très très raide, et puis parce qu’au-delà des 4 000m d’altitude l’oxygène se fait rare et on s’essouffle très rapidement. Et puis surtout moralement – même psychologiquement – car le froid, l’humidité, la pluie par moment, la solitude et surtout la brume qui m’empêche de voir où je suis ? Où je vais ?  D’où je viens ? Combien de montée de reste-t-il ?

Malgré cela je continue et repousse mes limites – surtout mentale. Mais arrivé à 1km de la Laguna Glaciar – à seulement quelques encablures de l’arrivée – les choses se compliquent gravement. Une paroi rocheuse inclinée se dresse devant moi. Elle me barre le chemin. Ou plutôt c’est elle le chemin… Je vérifie 3 fois le GPS pour être sûr… Oui c’est bien elle le chemin ! Je me pose quelques minutes pour reprendre mes esprits, mon souffle et trouver une solution. Je vais tenter de l’escalader. Je sur quelques mètres je monte, je vois un replat plus facile, je m’aventure, la paroi est très humide et surement glissant. Je m’aventure, pose mon premier pied délicatement, transfert mon poids, et là c’est la glissade. Un véritable toboggan qui m’envoie tout en bas. De là où je viens.

En bas, tout mouillé, un bleu sur la fesse, le moral dans les chaussettes je me résigne à rentrer. Sans équipement c’est impossible de passer. Après donc 3h30 d’effort je rebrousse chemin.

Le retour est triste mais plus facile physiquement. La déception est à la hauteur de mes attentes. Même si en y repensant l’obstacle ne me parait pas insurmontable, je ne me risquerai pas à escalader une parois rocheuse trempée seul et à main nue. Il faut savoir parfois faire preuve de raison, et d’humilité.

Néanmoins, dans chaque situation il y a quelque chose de positif. Au retour, passant un dernier col je découvre ENFIN, la vallée que j’avais traversé la veille ainsi que la Laguna Chillata près de laquelle j’ai passé la nuit. Bien content de ce spectacle qui m’est offert je contemple ce décor, sandwich aux mains.

La Laguna Chillata de nouveau, mais avec la vue cette fois-ci

Le tableau est maintenant spectaculaire, la vallée est impressionnante. La chance a tourné, la brume aussi. C’est peut être ça la leçon de cette randonnée.

Cédric

 649 total views,  1 views today

L’interminable trek de la Laguna Glaciar
Étiqueté avec :            

2 avis sur « L’interminable trek de la Laguna Glaciar »

  • 19 décembre 2018 à 17 h 09 min
    Permalien

    AYA !!!! j’en ai la chair de poule !!!!! Le risque était il aussi spectaculaire que le tableau final? T’es FADA comme on dit chez nous !!!!!!
    gros bisous

    Répondre
  • 20 décembre 2018 à 9 h 14 min
    Permalien

    Pfiu, elle promettait des merveilles cette laguna glaciar, mais je comprends tout à fait ton choix de rebrousse-chemin. Face à l’immense puissance naturelle, il faut parfois savoir s’incliner, et se contenter de l’accessible. Tu es clairement un grand amoureux des paysages, et absolument pas un fanfaron voulant dépasser ses limites (quitte à se mettre sérieusement en danger pour quoi au final ? Quelques clichés et un retour à la hâte, l’ego bien gonflé). Ce que ce bout de montagne t’as offert semble déjà merveilleux, et tu as été bien sage de le dire. Quant à se retrouver dans la solitude, cela est douloureux mais vraiment fort et beau aussi. Bonnes pérégrinations Cédric, je continuerai à te lire avec un grand plaisir presque envieux 🙂

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *