Samaipata est un village d’à peine 4 000 habitants situé à 3h de route de Santa Cruz : la ville la plus peuplée de Bolivie. Depuis la fin des années 1990, début des années 2000, ce village connait l’arrivé de nombreux étrangers – principalement européens – qui viennent s’installer dans cet environnement paisible et magnifique. Parmi eux, Manu, une suisse qui a posé ses bagages ici il y a 16 ans pour y lancer son projet : construire un refuge pour les animaux maltraité, blessés ou abandonnés.

Et c’est comme ça que le refuge Jacha Inti ­(« Grand Soleil » en Quechua) a vu le jour. Ce refuge fonctionne quasi exclusivement grâce aux centaines de volontaires qui sont venu aider depuis toutes ses années. En tout plus de 20 nationalités sont passés par là, les volontaires étant âgés de 2 ans et demi à 76 ans ! Aujourd’hui ce sont entre 4 et 8 volontaires qui font tourner le refuge.

 

Comment se déroule la journée type d’un volontaire au refuge ?

  • 8h : début du travail avec une tâche principale
  • 10h-10h30 : fin de la tâche principale et début d’une tâche secondaire
  • 12h : fin de la matinée de travail
  • De 12h à 14h c’est la pause + la sieste
  • 14h : on reprend le travail par une tâche secondaire
  • 16h : reprise de la tâche principale du matin
  • Enfin à 18h, une fois que les animaux ont mangé et que tout est ok la journée est terminée.

 

Voici un exemple du planning avec les tâches principales qui sont :

  • Picar fruta c’est-à-dire couper les fruits et préparer les plateaux pour tous les animaux c’est un travail qui se fait le matin et l’après-midi. Sans doute le travail le plus difficile car il faut du temps pour connaitre le régime de chaque animal (ce qu’ils peuvent manger, ce qu’ils ne peuvent pas manger, quelle taille les couper …)
  • Limpiar jaula: c’est le nettoyage de toutes les cages, chose que nous faisons tous les matins. Avec beaucoup de rigueur et dextérité.
  • Cocina perro: la cuisine pour les 8 chiens du refuge, il s’agit de préparer un feu et de cuisiner une sorte de pâté pour eux avec des légumes, du riz, de la polenta et bien sûr des têtes de poulet. Un vrai repas de chef
  • Cocina humanos: A ne pas confondre avec la cuisine des chiens ! Car  oui il faut bien aussi cuisiner nous autres les humains.
  • Et enfin Limpieza y Pan: ces 2 tâches se font ensemble : le nettoyage quotidien de la maison des volontaire et la confection de délicieux petits pains (à peine sortis du four il n’en reste déjà plus que la moitié)

 

Les tâches secondaires, quant à elles, peuvent être vraiment de toutes sortes : passant de la réparation ou l’amélioration d’une cage, au nettoyage du refuge, mais aussi au ramassage du crottin de cheval pour le vendre en tant que fumier, ou bien la fabrication de briques écologiques, ou encore accompagner les visiteurs dans notre grande cage et tant d’autres tâches …

Ce sont donc des journées assez chargées mais en échange les volontaires sont nourris et logés.

 

Concernant les animaux, les stars du refuge, ils arrivent au refuge de 3 manières différentes :

  • Soit des familles qui ne veulent plus ou qui ne peuvent plus s’occuper de l’animal
  • Soit d’animaux blessés retrouvés dans des pièges notamment
  • Ou bien de la Gobernacion qui est l’organisme d’Etat chargé de la lutte contre le braconnage et le trafic d’animaux. Dans ce cas-là, la Gobernacion répartit les animaux récupérés du marché noir entre les différents centres d’accueils du pays.

 

Mais après avoir passé plus de  2 mois  dans ce refuge j’ai quelques retours critiques à faire.

Pour commencer je dirais que le refuge est géré avec un certain amateurisme ( un peu à la bolivienne, c’est à dire à l’arach’). Lorsque je suis arrivé j’ai été surpris de voir qu’il n’y avait pas de vétérinaire dans le refuge. Chose qui parait totalement impossible en France. Autre point qui m’a un peu perturbé c’est le plan d’action du refuge lorsqu’un animal tombe malade : attendre de voir s’il va vraiment mal pour l’emmener chez le vétérinaire le plus proche.

Mais d’autres choses sont aussi incohérentes avec l’idée que je me fais d’un refuge qui est pour moi s’occuper d’animaux en détresse et faire en sorte qu’ils vivent dans les meilleures conditions possibles. Par exemple il y a des chevaux dans le refuge ; mais ce ne sont pas des animaux qui ont été sauvé. Ils ont été achetés pour pouvoir proposer aux touristes de faire des calvagatas (des tours de cheval) pour gagner de l’argent. Autre problème plus récent : l’achat d’un trampoline qui a dû coûter plusieurs centaines d’euros. Pourquoi acheter un trampoline dans un refuge ? Pour pouvoir faire payer les enfants et faire rentrer un peu d’argent.

Alors on pourrait se dire que c’est un mal pour un bien car l’argent est ensuite reversé pour les animaux, mais en réalité non ou très peu. Pendant les 2 mois durant lesquels j’étais au refuge je n’ai pas vu plus d’investissement pour les animaux. Au contraire de moins en moins. Exemple : au début les chevaux avait du foin pour manger, mais lorsqu’il s’est terminé on s’est retrouvé sur la paille ! Les chevaux ont faim, ils sont trop maigre et ne peuvent donc pas faire les balades à cheval. Tout le monde est perdant et il faut se battre pour pouvoir faire changer les choses, mais que c’est difficile…

Dernier problème : nous avons une grande cage dans laquelle les visiteurs peuvent rentrer. Tout ça est très bien mais pour pouvoir proposer ça nous avons dû déplacer les coatis dans une cage bien plus petite car ils auraient pu être dangereux pour les visiteurs. Et nous avons dû enfermer dans cette grande cage les aras bleus (qui étaient auparavant en liberté dans le parc) pour que les touristes puissent les observer de plus prêt.

Des décisions qui semblent assez contradictoire avec la notion de refuge. C’est pour cela qu’au fil du temps je voyais plus le refuge comme un zoo où le visiteur et son argent est placé avant les animaux et leurs conditions de vie.

Néanmoins si je suis resté 2 mois et demi au lieu d’1 mois à la base c’est que je me suis senti bien cet endroit.

 

Cédric

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Retour sur le volontariat au Refuge d’Animaux Sauvages – Jacha Inti
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5 avis sur « Retour sur le volontariat au Refuge d’Animaux Sauvages – Jacha Inti »

  • 22 novembre 2018 à 11 h 02 min
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    Merci pour ce super retour d’expérience Cédric. Vous avez passé plus de deux mois perdus au fin fond de la Bolivie au contact des animaux ! Quelle chance et quel apprentissage ! Effectivement, la condition des animaux pose question dans ce « refuge », et ramène toujours à cette omniprésente nécessité d’argent dans ce genre de causes. Je suis sûr que malgré tout vous y avez trouvé votre compte et que vous garderez un super souvenir de votre contact avec les animaux.

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    • 22 novembre 2018 à 12 h 05 min
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      C’est clair qu’on y a trouvé notre compte et ce n’est pas pour rien qu’on y est resté aussi longtemps. Avant d’arriver au refuge j’avais un peu d’appréhension sur la période de volontariat demandée : 1 mois minimum. Jamais je n’avais fait de volontariat aussi longtemps, le plus long était 3 semaines chez Nahuel et Shannon (http://les-globeurs.fr/3-semaines-chez-nahuel-et-shannon-recit-de-notre-premier-volontariat/ ). Mais au final le temps passe très très vite : la première semaine tu apprends les différentes tâches. La 2e et la 3e semaine tu découvres les animaux. La 4e semaine c’est eux qui commencent à peine à te reconnaitre. Il ne reste donc que quelques jours de complicité et le mois est déjà terminé ! Non c’était vraiment impossible pour nous de partir aussi tôt. On s’attache vite à ces ptites bêtes, et eux aussi d’ailleurs…

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  • 22 novembre 2018 à 19 h 07 min
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    Merci Cédric de ce partage d’expérience . Pas si facile de mettre en place un refuge pour animaux ……Dommage que ce soit eux qui pâtissent de la mauvaise gestion . Mais en effet si vous êtes restés tout ce temps c’est que malgré ces points négatifs vous vous êtes régalés. C’est une magnifique expérience que Yann aurait, à mon avis, apprécié de partager avec toi……..
    Bisous mon Cédric et continue de nous faire rêver et réfléchir 😘😘😘😘😘

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  • 3 décembre 2018 à 11 h 13 min
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    Merci Cédric pour se retour, on imagine mieux à quoi ressemblaient vos journées (bien chargées !). Le retour critique est très intéressant, je ne savais pas qu’il y avait une logique aussi intéressée et mercantile derrière ce refuge; comme quoi les logiques marchandes sont partout, et la vraie action humaniste et sobre, excessivement rare. ça fait penser à ces annonces de volontariats très « hippies » que l’on avait vu, derrière lesquelles les gars proposaient (voire imposaient) des prestations payantes (le business du spiritualisme quoi). En tout cas, cette grosse parenthèse du voyage semble avoir été très plaisante et enrichissante. Du mouvement en statique, quoi rêver de mieux ? 😉

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  • 13 décembre 2018 à 8 h 41 min
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    Un bel exemple d’injustice. Todos los dia de limpia jaula ahah !! Génial votre blog les amis !! Que la route soit belle 😜

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