Au début la jungle. Une forêt tropicale dense, chaude et humide. Inhospitalière et peuplée de créatures étranges. Ce lieu semble être un labyrinthe sans issue.

Seul le Rio Amazone, immense être tortueux et ocre semble réussir à s’extirper des serres de cette forêt amazonienne.

On dit qu’elle contenait plus d’arbres que le ciel n’avait d’étoiles. Cela lui donnait une couleur verte, d’un vert profond et absolu. On disait également qu’elle pouvait héberger dans ses entrailles plus d’animaux que nulle part ailleurs sur terre.

Les années passèrent sans que rien ne se passe : les pluies et les rayons de soleil permettaient aux petites graines tombées au sol de devenir en quelques dizaines d’années des géants aux pieds enracinés et à la chevelure épaisse. Les vieux arbres se mouraient peu à peu, tombant au sol et formant le terreau permettant aux jeunes graines de grandir. Les animaux mourraient, d’autres naissaient : bref le cycle de la vie. L’écosystème fonctionnait à merveille et aucun désordre n’était à déplorer.

Jusqu’à ce que, car dans ce genre de récit il y a toujours un « jusqu’à » ou bien un « mais » ; mais dans ce cas-là  le « mais » convient moins. Bref, jusqu’à ce que les hommes débarquent dans ce havre paisible. En effet,  à des centaines de kilomètres à l’Est, l’Europe avait besoin de caoutchouc. C’est alors que le latex, cette substance liquide provenant de la sève d’arbres comme le latex, devint une véritable poule aux œufs d’or. Le pays se mit donc à l’extraire massivement. Et on exporta à tour de bras ce précieux liquide.          

Néanmoins pour organiser tout ce bazar, il fallait bien un point névralgique pour coordonner tout ça. C’est ainsi qu’on a décidé de créer une ville, ici sur les rives du Rio Amazone. Au départ, nous avons seulement fait un peu de la place en supprimant les arbres et quelques animaux pour y mettre des petites maisons et quelques rues en terre. Mais très vite, le petit village connait une ascension fulgurante et les capitaux européens affluent. Aseptisant son environnement, asphaltant ses sols, bétonnant ses constructions, la jungle devient une forêt de métal et d’immeubles. Dans un tonnerre de décibels, grignotant autour de lui, la nature qui l’entoure, la ville s’agrandit. Chassant les habitants ancestraux de ses contrées sauvages. Symbole d’une déforestation constante, détruisant toujours un peu plus, aujourd’hui la ville n’accueille que quelques pauvres arbres se frayant un chemin entre buildings et goudron. Les animaux ? Il n’y en a plus. Seules les fourmis sont encore là. Infatigables soldats, elles s’entêtent et résistent à l’homme. Elles survivent en colonies, infiltrés dans les moindres recoins : les fissures des murs, les trous des fenêtres, sous les rues guettant les moindres petites miettes que l’homme pourrait lui laisser. Seuls survivantes de cette expansion humaine.

Le monde publiait, il y a quelques jours, un article qui pourrait se joindre à celui-là sur la proche extinction des insectes (ceci étant dit on, comme ça on sera plus emmerdé par les moustiques, araignées et autres petites bébêtes inutiles): https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/02/11/le-declin-des-insectes-une-menace-grandissante-pour-les-ecosystemes-naturels_5422018_3244.html

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Seules les fourmis sont encore là
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Un avis sur « Seules les fourmis sont encore là »

  • 2 mars 2019 à 11 h 50 min
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    Quel exemple plus flagrant de l’impact de l’humain sur son environnement ? L’urbanisation galopante, grignotant toujours plus les écosystèmes naturels, et surtout bien souvent faite de constructions bétonnées, énergivores et polluantes!

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