774 kilomètres. C’est la distance qui sépare les villes de Chile Chico et d’El Bolson. Par soucis d’économies et par esprit d’aventures, nous avons décidé de faire ce parcours en stop, sur trois jours. 3 équipes de baroudeurs : le couple de guanacos, Cédric et Caroline, le Che et le Cho, Florian et Jonathan et Lola et moi, les inséparables. Armés de nos pouces aguerris et de nos sourires charmeurs, notre « Pékin Express » peut commencer.

Petit récit de cette aventure vécue par Lola et moi.

***

Lundi 19 mars. 8h. Plein d’entrain, nous nous mettons en route, sûrs de nos forces. Première étape : sortir de Chile Chico et passer les postes frontières chiliens et argentins. Nos pouces se lèvent à chaque bruit de moteur. Sans succès. Nous continuons à marcher, vite accompagnés par Pedro, un chien visiblement décidé à vadrouiller avec les premiers voyageurs venus. Ce nouveau compagnon de route ne nous lâchera plus, malgré nos remontrances récurrentes pour lui faire rebrousser chemin. Il ne nous abandonnera qu’à de rares occasions, pour courser les lièvres dans la steppe avoisinante.

Alors que nos deux équipes concurrentes parviennent à arrêter de premières voitures pour se faire avancer, nous piétinons. A notre arrivée à la douane chilienne, nous espérons profiter des quelques minutes nécessaires au tamponnement de nos passeports pour perdre Pedro parmi la poignée de personnes en transit ici. Peine perdue. Aussitôt sortis du poste, le canidé, allongé auprès d’un minibus de touristes nous aperçoit et court nous retrouver, visiblement décidé à s’éloigner de son Estancia. Notre stop à 3 peut donc reprendre, direction la frontière argentine cette fois.

Plusieurs kilomètres séparent les deux douanes. Devant la route en U qui se propose à nous, nous décidons de couper à travers la steppe afin de gagner du temps dans notre course-poursuite. Alors que Pedro nous ouvre le chemin, nous nous enfonçons à travers les fourrées jaunies. Quelques dizaines de mètres nous séparent du territoire argentin. Nous en sommes convaincus : nous avons économisé près de deux heures de marche ! Un petit ruisseau à traverser, pas de quoi nous effrayer ! Les quelques pierres qui dépassent du cours d’eau nous frayent un chemin et nous permettent de garder nos chaussures de marche sèches. Nous continuons quelques mètres et tombons nez-à-nez avec le Rio Jeinemeni. Le petit ruisseau avait un grand frère : le fleuve qui sépare le Chili de l’Argentine. Les petits malins que nous sommes comprennent alors l’intérêt d’une route en U et d’un pont au milieu de cette-ci. Et oui, les frontières peuvent aussi être naturelles.

Pas question de faire demi-tour. Nous n’avons pas fait tout cela en vain. Nous décidons de longer le cours d’eau, dans l’espoir de trouver un passage pour le traverser… le kayak-stop étant encore trop incertain pour nous. Nous continuons d’avancer et nous faisons vite nos retrouvailles avec le petit ruisseau franchit en amont. Celui-ci est désormais un véritable bras du Rio. Pris au piège, nous n’avons d’autre choix que de traverser le fleuve, dont la température doit avoisiner les 5°. Nous enlevons nos chaussures pour ne pas prendre le risque de les tremper, avant de nous jeter littéralement à l’eau. Nos sacs de 70 litres sur le dos, nos pompes dans les mains et nos pantalons remontés jusqu’aux genoux, nous entamons la traversée. Notre ballade matinale a un avantage : réactiver la circulation du sang dans nos pieds. A la sortie de l’eau, le contact de nos pieds nus sur les cailloux nous rappelle l’importance des chaussures de marche en pleine cambrousse. Nous rechaussons pour la dernière traversée – le fleuve s’étant subdivisé en plusieurs petits bras -, moins profonde que la précédente. C’est le moment que j’ai « choisi » pour mettre un pied dans l’eau, perdre patience et terminer à grandes enjambées. Chaussures trempées, elles termineront étendues à mon sac pour le reste de la journée alors qu’une paire de rechange vient prendre le relai.

Qui d’autre que nous pour nous retrouver dans cette situation ? Personne évidemment. Caroline, Cédric, Florian et Jonathan auraient été plus prudents ou auraient fait le lien entre l’existence d’un pont et la présence d’un fleuve. Morts de rire par notre bêtise, nous reprenons notre marche… toujours du côté chilien de la steppe et toujours accompagnés de Pedro, content, lui, de son bain dans le fleuve.

10h30. Le temps de ramper sous des fils barbelés, sous le regard d’une caméra de vidéosurveillance perdue en pleine nature, et nous voici de retour à la case départ. Nous retrouvons enfin la route… à quelques encablures du poste-frontière chilien que nous avions franchis deux heures plus tôt. Le stop peut enfin commencer.

 

***

Toujours vaillants, nous marchons au bord de route dans l’espoir d’arrêter l’une des rares voitures passant par-là. Ce sera le cas à quelques hectomètres de la frontière argentine où nous montons à bord d’un pick-up où un couple de français est déjà présent. Nous pensons faire nos adieux à Pedro à cet endroit. C’était sans compter le sprint du canidé derrière la voiture qui nous rejoindra quelques instants plus loin, à la douane.

Après avoir terminé nos formalités administratives, nous nous initions au « stop-actif », cette technique visant à demander directement aux voitures arrêtées de nous avancer. Quelques minutes plus tard, nous-voici en route vers Los Antiguos, première bourgade du pays, en compagnie de deux argentines. C’est dans cette ville que nous ferons halte pour notre pause méridienne. C’est aussi dans cette vile que la pluie fera son apparition. Quelle chance !

12h30. Nos sacs trempés nous reprenons notre route en direction d’El Bolson, avec pour prochaine étape la ville de Perito Moreno situé à 80 kilomètres. Nous sommes rapidement pris en stop par une dame argentine, à l’accent très prononcé… Inespéré pour nous qui étions encore au milieu des truites quelques heures auparavant ! La journée est d’ors et déjà réussie.

14h. Alors que quelques flocons viennent prendre le relai de la pluie, nous nous accordons une pause au café de la station-service. Le soleil revenu et nos corps revigorés, nous pouvons reprendre notre activité du jour. Sans succès.

17h30. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que deux jeunes accepteront de nous avancer sur la fameuse route 40 qui parcourt la Patagonie. Ils nous lâcheront 25 kilomètres plus loin, au milieu de la steppe, à l’intersection de deux routes désertes, sous un vent polaire. C’est le moment que nous avons choisi pour nous souvenir d’une de nos règles d’or : ne jamais accepter de monter dans une voiture qui te dépose au milieu de nulle part.

Les minutes passent, les voitures non, et nous commençons à imaginer toutes les stratégies possibles face au soleil déclinant. Dormir derrière un talus pour s’abriter du vent, faire du stop dans toutes les directions ou marcher en sens inverse pour revenir à Perito Moreno.

18h20. Un pick-up déboule ! Miguel nous sauve d’une soirée glaciale et nous mène une heure et demie durant vers Rio Mayo, un petit bourg loin de tout. La chance nous sourit à nouveau !

20h. Fin de la première journée de stop. Heureux et soulagés au vu des galères dans lesquelles nous nous étions mis. Nous nous mettons en quête d’un toit pour la nuit. Tentés de dormir à la belle étoile, nous changeons vite d’avis et nous retrouvons dans un petit hôtel aux prix attractifs. Tout juste arrivés dans notre chambre, je descends à l’accueil pour payer notre nuit et signer le registre… juste derrière un certain « Florian Sanfilippo ». Quelle surprise ! Je cours retrouver Lola pour lui annoncer l’identité de nos voisins de chambres. Trop tard ! Quelques secondes plus tôt, elle se retrouvait nez-à-nez avec Flo qui passait la tête à la porte. Nos heureuses et inattendues retrouvailles passées, nous profitons d’une courte nuit avant de reprendre le stop le lendemain.

***

Mardi 20 mars, 7h45. Début de notre deuxième journée de stop.  Les voitures se font encore plus rares que la veille dans ce village seulement animé par la présence d’une caserne militaire. Les heures défilent mais aucun véhicule ne s’offre à nous. Florian et Jonathan n’ont pas plus de chances.

13h. La mi-journée passée, toujours bredouilles, nous baissons pavillon et arrêtons un bus privé pour lequel nous payons le prix fort. Contents de notre expérience mais frustrés par cette ville déserte, nous faisons route vers El Bolson.

20h. Nous arrivons enfin et retrouvons Cédric et Caro, grands vainqueurs de notre « Pékin Express » puisqu’arrivés la veille ! Les 6 aventuriers sont à nouveau réunis, prêts à découvrir cette nouvelle contrée.

 

 

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Stop ou encore ?
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5 avis sur « Stop ou encore ? »

  • 3 avril 2018 à 18 h 18 min
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    Quelle aventure !!! et si bien contée !!! Bravo les aventuriers

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  • 5 avril 2018 à 15 h 42 min
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    Je me permets de compléter avec quelques anecdotes, non moins amusantes :
    * Nous (El Gus y La Lola) nous sommes pensés particulièrement intelligent quand à l’idée de « couper » la route pour s’éviter le U reliant les deux frontières. Le fait que personne d’autre ne coupe ainsi ne relevait alors pas – dans nos esprits – d’un acte raisonnable (ne pas traverser un fleuve… j’ai bien dit « fleuve ») mais d’un manque certain d’imagination et d’esprit d’aventure (on ne se sentait plus, haha).
    * Pédro le chien était en fait une chienne à qui nous avons donné le doux nom de Pédro en référence à une blague faite le matin même : « Bon Gus, on se dépêche de partir car il y a Pédro, notre chauffeur Uber, qui nous attend pour nous emmener à El Bolson »
    * Le stop infructueux de Rio Mayo nous a permis de rencontrer un couple d’auto-stoppeurs – Maria (chilienne) et Matéo (italien) – qui m’ont initié, le temps d’un stop, au maté (comment le préparer, les règles pour accepter un maté, pour le boire, etc.) pour la première fois ! Ce couple avec qui j’ai ensuite passé 2 jours dont une soirée mémorable à El Bolson où j’ai pu les retrouver…. et déguster la meilleure béchamel de ma vie (grâce à Matéo) !

    Bref, un stop mémorable où nous avons fait de superbes rencontres et bien rit (vidéos à l’appui) 😀

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  • 5 avril 2018 à 15 h 43 min
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    Et Merci Gussakisse pour ce papier qui m’a remémoré de super moments :D)) (sourire triple menton)

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  • 7 avril 2018 à 14 h 08 min
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    Bluffé !
    Bravo à vous vous avez emmenés notre imagination dans ces lointaines contrées

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  • 18 avril 2018 à 18 h 39 min
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    chouette page, vivante et gaie; merci!

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