Juin 2019. Après 477 jours passés de l’autre côté de l’Atlantique, il est là, le célèbre retour en France qui s’accompagne généralement de cette fameuse « gueule de bois du voyageur », ou bien de « ce blues du baroudeur de retour dans sa contrée natale » (http://les-globeurs.fr/la-gueule-de-bois-du-voyageur-daniel/).

Et bien non ! Je n’ai ni envie de subir cette désagréable sensation, ni envie de poser mes fesses sur le canapé de la maison qui m’a vu grandir en mangeant ce bon fromage français qui m’a tant manqué. Car la fin de ce voyage en Amérique du Sud n’a fait qu’ouvrir une porte : celle de la découverte de l’inconnu.

Alors, à peine débarqué en France, mon esprit bouillonne et rêve déjà aux mille et unes nouvelles aventures que je pourrais faire. Le temps d’embrasser ma famille qui m’a manqué et une partie de mes amis aussi, c’est reparti. Mais cette fois, ce sera en France, car une étrange impression m’embarrasse depuis quelques temps : ce sentiment de, parfois, de connaître mieux certains pays de l’autre côté de l’Atlantique, que le miens. Étonnant, sinon paradoxale. Alors, dans ce cas-là, je voyagerai en France et découvrirai de nouvelles terres gauloises. Car, on ne le dira jamais assez : pas besoin d’aller loin pour connaître le frisson de l’aventure. Et l’aventure c’est le voyage.

Alors embarquons pour un nouveau chapitre qu’on pourrait appeler le « voyage juste derrière chez moi ».

Accompagné de mon compère de toujours : Gus, que je viens de retrouver après des mois de séparation, nous partons pour un voyage tout à fait inédit puisqu’il se fera à vélo.

Voyager à vélo c’est la manière la plus efficace de se déplacer sur terre sans moteur. Pas vraiment besoin d’être un athlète ou d’être hyper entraîné, il suffit seulement d’avoir du temps et de rouler à son rythme.

Pour partir à vélo il faut déjà commencer par trouver un vélo… Après avoir sondé un peu autour de nous, on réussit à s’en faire prêter 1 chacun ainsi que tout l’attirail qui va avec. Reste simplement à l’équiper de magnifiques sacoches que nous fixerons bien solidement sur l’arrière train du biclou. Le plus dur est fait donc. A partir de là, ne reste plus qu’à trouver où pourrions-nous aller user nos pneus.

La pause sur le port de La Rochelle

La chose semblait plutôt simple, mais ne l’a pas vraiment été. Car, lui comme moi, méconnaissons un grand nombre d’endroits en France et tout semblait si attractif, si différent, si intéressant à découvrir et à connaitre. Le choix n’a pas été des plus évident mais finalement nous nous sommes mis d’accord pour visiter une partie de la Bretagne et de la côte Atlantique. Pour schématiser : de Saint-Malo à Bordeaux.

Dès lors nous prenons tous les conseils possibles sur les endroits les plus mignons du coin. On demande aux amis, à la famille, aux gens qu’on croise ça et là…

On finit par trouver quelques noms de villes et villages qui ont l’air fort sympathiques et puis surtout une piste cyclable : la Vélodyssée. Cet itinéraire cyclable et continu relie Roscoff en Bretagne à Hendaye au Pays Basque : 1 200km de pistes qui suit la côte Atlantique : c’est parfait. Nous suivrons donc cette piste, mais surtout nos envies du moment car sans expérience, pleins de questions nous martèlent l’esprit : combien de temps de vélo pouvons-nous faire sans un vrai entrainement ? Combien de kilomètres par jour ? Avons-nous besoins souvent de jours de récupération ? Alors les réponses viendront au fil des kilomètres abattus…

Cette aventure est un peu différente de la précédente car après avoir surveillé mon budget sud-américain pour voyager sereinement le plus longtemps possible ; j’ai envie de me faire plaisir. Et ce n’est pas mon acolyte Gus qui dira le contraire : le voyage se fait aussi dans l’assiette ! A nous les galettes complètes, vins bordelais, fars bretons, huitres d’Arcachon et autres kouign-amanns !

Le voyage passe aussi par la découverte gastronomique d’une région. Ici le kouign amann c’est la récompense d’une journée passée sur le vélo.

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Le voyage à vélo

Voyager lentement, prendre le temps d’avancer, de faire défiler délicatement les paysages, vivre aussi « physiquement » le voyage, appréhender les distances, les reliefs, les paysages … C’est en ça que le voyage à vélo nous a séduit.

On avait déjà remarqué, lors de notre petit road trip tous les 5 en Argentine  (http://les-globeurs.fr/lauto-tourisme-loco-tourisme/ ), que le voyage en van ou même en voiture créé une déconnexion flagrante entre l’homme et la nature. Elle transforme en quelque sorte de magnifiques espaces en une succession de jolis tableaux que l’on accumule jusqu’à l’écœurement. 

En effet, essayer de se détacher de ces boites métalliques imperméables aux « sensations du dehors », anesthésiant les sensibilités et transformant les trajets en espace-temps virtuels. (Rodolphe Christin – Manuel de l’anti-tourisme- 2018)

Au-delà de tout ça, le voyage à vélo c’est aussi l’occasion de partager un vrai moment de complicité avec son partenaire d’aventure. L’occasion même de créer de nouveaux souvenirs ensemble.

Avec Gus, que je retrouvais après plusieurs mois d’aventure, ce fut l’opportunité de se raconter nos histoires, nos aventures, nos vies, passées chacun de son côté. L’occasion aussi de se remémorer les souvenirs passés en Amérique du Sud, avec un certain recul.

Cette aventure aussi marquera nos souvenirs de son emprunte et d’ailleurs voici quelques épisodes d’une aventure placé sous le signe des retrouvailles et de la découverte…

En selle, on fait chauffer les mollets et on peaufine le bronzage cycliste

L’aventure dans cette belle odyssée

Il est 21h lorsque nous sortons de la gare marchant à côté de nos vélos. Les dernières lueurs du jour colorent le ciel d’un rose granit comme il en existe ici en Bretagne. Nous enfourchons nos bicyclettes direction un petit village à 30 min de la gare. Nous passerons nos deux premiers jour ici : dans le camping municipal de Saint-Suliac

Sur les hauteurs du petit village breton de Saint-Suliac

Les premières journée de vélo se passent plutôt bien. Quelques courbatures par si par là mais rien de bien méchant. Nous en profitons surtout pour découvrir un paysage inconnu et apaisant : la campagne des Côtes d’Armor.

Après nos premiers jours de vélo nous arrivons dans la charmante ville de Dinan. Nous sommes séduits par cette ambiance pittoresque. Le centre-ville nous offre un véritable voyage dans le temps. Entouré de tous ces remparts, maisons en colombages, ces rues pavés … Bref ici règne une véritable atmosphère médiévale. En contrebas de la vieille ville et ses fortifications coule le canal de l’Ille et Rance. Un peu par hasard, nous décidons de le suivre. C’est alors que nous rentrons dans la partie la plus mémorable de cette odyssée. Pendant trois jours nous allons rouler dans une ambiance paradisiaque. Un véritable havre de paix. Imaginez le décors : vous, sur un vélo, longeant un paisible canal, d’une eau bleue claire, bordée de parterres de fleurs d’un côté et de forêts de l’autre. Tous les 3 km vous croisez de charmantes maisons d’éclusier aux couleurs et aux styles uniques. Le tout, baigné d’un soleil généreux et lénitif. Pendant trois jours cette paisible balade imprévue nous as envouté de tout son éclat.

Sur les bords du Canal de l’Ille et Rance. Souvenirs mémorables et ambiances bucolique

Après 3 jours passés sous la tente nous avons rendez-vous avec Patricia et Alain, nos hôtes couchsurfing du soir. Ils nous attendent chez eux pour le dîner, à Redon. Cette charmante petite ville portuaire, pratiquement à cheval entre l’Ile et Vilaine et la Loire Atlantique. Nous passerons seulement une soirée et une matinée chez ce couple tout juste retraité, mais quelle rencontre ! Je crois que rarement je n’ai été aussi bien accueilli. Nous étions comme des rois. Mieux encore, comme leurs fils. Leur générosité était incroyable, leur gentillesse débordante, leur amour pour le voyage, l’accueil et les rencontres profondément sincère. Car même pas 24h plus tard nous devions reprendre la route et c’est avec tristesse et émotions que nous nous quittons tous les 4. Les larmes coulent sur les joues alors que nous les connaissions depuis la veille. Jamais je n’oublierai ce moment si court mais si intense de partage. Couchsurfing nous réserve souvent de belles surprises. Je les en remercie encore une fois. Et c’est avec grande fierté que j’aimerai les accueillir à mon tour pour leur renvoyer l’appareil.

Ici avec Alain, nous terminons notre discussion avant de faire nos adieux, déchirants même si la rencontre date d’hier.

Après cette rencontre bouleversante nous reprenons la route. Nous embarquons dans un TER direction Vannes. De là nous enfourchons de nouveaux nos biclous pour la côte sauvage du Morbihan. L’adjectif sauvage est important. Ou plutôt hostile. Car nous tombons en pleine tempête. Pendant nos 2 jours sur place nous subirons les assauts des rafales de vents venu de l’Atlantique, des rideaux de pluies qui s’abattent sur nous et de l’écume qui vient nous fouetter le visage alors que nous luttons tant bien que mal pour tenir sur nos vélos, courbés pour contrer ce vent toujours plus fort et impressionnant. Malgré cette météo peu clémente, les paysages sculptés par les vents et les vagues qui semblent martyriser ces côtes sont spectaculaires. Encore un souvenir fort qui restera gravé.

Parfois les vents sont trop forts et nous obligent à descendre du vélo.

L’épisode de Quiberon surmonté, nous remontons dans le TER à Vannes. Direction Nantes pour une petite pause de 2-3 jours pendant laquelle nous profiterons pour visiter cette délicate ville aux ambiances surpre-nantes. A Nantes on s’y sent bien. Mais pas l’aventure continue et après 2 jours sans vélo, les mollets nous démangent. On veut repartir ! Alors on saute dans un nouveau TER (oui encore, mais promis c’est le dernier). Direction La Rochelle. C’est d’ici que nous irons nous perdre dans le Marais Poitevin. Jusqu’alors inconnu pour ma part cette délicieuse balade, tout à fait paisible m’a terriblement plu. Une ambiance de « bout du monde » règne ici. L’impression d’être loin de tous, loin des tracas, loin du bruit, loin de l’agitation de la ville… Nous sommes au rythme de l’eau des marais : calme. Une sorte de torpeur envahie nos esprits et nos muscles. Nous glissons lentement toute une journée le long des ces marais. L’ambiance est reposante, tout semble imperturbable.

Loin des hommes, loin du bruit ? Peut-être en tout cas ici on ne croise pas grand monde

Sur le chemin du retour nous traversons le village de Marans, située à l’entrée de ces marais Poitevin. C’est alors que nous tombons en pleine fête du village. Ambiance joutes dans les canaux de la ville, musiques et grillades. Cela nous rappelle étrangement « notre » Sud. Est ce qu’elle se situerait pas là justement la limite Nord/Sud ? Bien malin celui qui pourra l’affirmer avec précision …

Les joutes de Marans, pas sans nous rappeler celles de Sète.

De retour à La Rochelle, nous empruntons de nouveau la fameuse route de la « Vélodyssée » en suivant les côtes de l’Atlantique. D’abord la discrète ville de Rochefort dans laquelle se trouve la majestueuse Hermione. Puis nous continuons la route vers le sud et la ville de Royan pour prendre le ferry et traverser l’estuaire de la Garonne. Plus nous descendons et plus l’excitation estivale se fait ressentir. Effectivement pour ses premiers jours du mois d’août les innombrables stations balnéaires de la côte sont bondées de monde. La foule s’amasse, la foule s’agite, la foule profite et nous traversons tout ce brouhaha avec en toile de fond le ressac des vagues de l’océan sur les dunes de sable chaud.

Nous profitons de notre dernière journée près de la côte avant de rejoindre Bordeaux l’étape finale de cette Odyssée

Enfin ça y est après 17 jours et 500km parcouru à vélo nous arrivons à l’étape finale de cette Odyssée : Bordeaux. Ça y est nous y sommes arrivé. Pas peu fière de ce petit exploit que nous venons de réussir malgré inexpérience totale dans le domaine du voyage à vélo, nous nous accordons un bon resto en guise de récompense. C’est ainsi que ce termine cette aventure. Une première aventure à vélo. Une première aventure de retour en France aussi.

Un dernier mot …

Comme tous les voyages lents, voyager à vélo c’est à la fois s’ouvrir aux autres (notamment aux autres cyclo-voyageurs dont la communauté est très soudée) mais aussi avoir la possibilité de faire un introspective. Le contact à l’environnement qui nous entoure est direct. On fait partit du décors. Ce qui n’est pas le cas du voyage en voiture par exemple. Car nous traversons trop rapidement les paysages que nous empruntons. Impossible de s’en imprégner.

Il faut vite traverser les paysages, les régions, les pays, pour pouvoir en « faire » un maximum et aussitôt les oublier, et passer au prochain. « C’est ainsi que se banalisent nos paysages quotidiens, tissés de ces lieux sans âme et de cette laideur grise qui prolifèrent. Ainsi s’uniformisent nos expériences » (Rodolphe Christin – Manuel de l’anti-tourisme- 2018).

Cette petite phrase du livre de Rodolphe Christin que j’ai lu sur la route, résume assez bien, je trouve, ce que nous aura enseigné LE voyage et plus particulièrement CE voyage à vélo. Prendre le temps. Faire moins mais mieux.

C’est la fin, le soleil se couche sur l’océan. La fin de la journée. La fin de l’aventure. Demain sera un autre jour, un autre jour d’aventure…

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Un voyage à vélo : de la Bretagne à Bordeaux
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