Valparaiso est la cinquième ville la plus peuplée du Chili. Elle est connue pour son port, ses maisons colorées, ses nombreux funiculaires mais aussi pour ses murs couverts de street-art.

Nous avons posé nos mochillas (sacs à dos) dans cette ville très inspirante durant 9 jours, notre vif enthousiasme pour Valpo’ nous pousse à y consacrer un article.

 

Naissance du plus grand port du Chili

Jusqu’au 16ème siècle, la baie de Valparaiso était occupée par un peuple indigène issu des Mapuches. Ils avaient nommé la baie Amipu qui signifie terres brûlées, en raison de la couleur rougeatre du sol. En 1544, la baie est envahie par les conquistadors espagnols, dont le fameux Pedro de Valdivia qui deviendra Gouverneur du Chili. Valparaiso est fondée, offrant un port à la capitale Santiago située 120 km plus à l’est.

La ville se développe rapidement grâce à son activité portuaire. Elle est parfois prise aux mains des pirates britanniques qui participent à bâtir quelques maisons et églises. Au 19ème siècle, Valparaiso devient l’escale principale de la route maritime entre les océans Atlantique et Pacifique : la ruée vers l’or a permis la prospérité économique de la ville. Des marins anglais, allemands mais aussi français s’installent à Valparaiso et la ville poursuit son essor démographique.

Valparaiso devient alors l’une des villes les plus modernes d’Amérique du sud, elle est la première à accueillir : une banque, un hôtel 5 étoiles, une église protestante, une caserne de pompiers… En 1910, elle est considérée comme le port économique du Chili et comptait environ 160000 habitants.

En 1914, la création du Canal de Panama engendre la chute économique du port de Valparaiso, la ville entière va connaître un déclin.

 

 

Le déclin de Valparaiso ou l’émergence d’une ville bohème

Valparaiso est colorée, elle porte une gaieté qui s’assombrit dans certains quartiers en une morne nostalgie. On ressent le poids de l’histoire, la ville a été faste mais aujourd’hui la misère est omniprésente, seules les deux collines les plus touristiques semblent être restées dans la prospérité du 19ème siècle. La ville se dépeuple et le tôt de chômage atteint 18% en 2017 (9% au niveau national).

Valparaiso a aussi été spectatrice du naufrage le plus marquant du pays : le putsh mené par Pinochet en 1973. Valparaiso est le port militaire du Chili et le 11 septembre 1973 les marins militaires ont quitté le port pour rallier l’armée de l’air et de terre à l’assaut du palais présidentiel d’Allende. Un comble pour cette ville, qui a vu grandir Allende et Pinochet dans le même quartier. Au sein de la ville il est difficile de percevoir cette histoire mais la population, comme dans le reste du Chili, reste très marquée par 17 ans d’une dictature récente.

Le déclin économique et la tourmente politique vont inspirer les artistes portenos (habitants de Valparaiso). La baie de Valparaiso, surnommée le Joyau du Pacifique, ainsi que son folklore donnent de la matière aux artistes.

On compte parmi eux le dessinateur satirique Lukas ou encore le poète engagé Pablo Neruda :

Plaza Echaurren, Valparaiso – Lukas

 

 

Oda a Valparaiso

VALPARAÍSO,
qué disparate
eres,
qué loco,
puerto loco,
qué cabeza
con cerros,
desgreñada,
no acabas
de peinarte,
nunca
tuviste
tiempo de vestirte,
siempre
te sorprendió
la vida, […]

Pablo Neruda

La présence de ces artistes à Valparaiso a permis de nourrir l’imaginaire collectif sur l’ambiance bohème de ville. Dès les années 1980, le street-art se développe et contribue à la renommée de la ville. Les murs se remplissent de fresques créant une véritable galerie d’art à ciel ouvert.

Les particularités de la ville, liées à sa situation géographique, son ambiance où se mêlent vendeurs à la sauvette et artistes de renom, son architecture typique… ont donné à la ville un second souffle au 21ème siècle.

 

 

Patrimoine mondial de l’UNESCO : une portée pas forcément que positive

Valparaiso compte 45 cerros (collines) sur lesquels s’entassent un dédale de maisons colorées. Aux pieds des cerros, le quartier El Plano (le plat) s’étend jusqu’à l’océan. Ce quartier est en grande partie artificiel et a été créé grâce à une avancée sur la mer. On y trouve le centre économique de la ville et le port qui abrite conteners multicolores et bateaux militaires ternes. Les bâtis du 19ème siècle ayant survécus aux tremblements de terre côtoient les barres modernes.

Les cerros sont accessibles grâce à des escaliers éreintants ou à des funiculaires ici nommés « ascenseurs ». Parmi les 30 ascenseurs existants seulement une dizaine est en état de marche, les autres sont en restauration. Les cerros Concepcion et Alegre sont les secteurs les plus touristiques et sont représentatifs de l’histoire de Valparaiso. On y trouve des maisons coloniales du 19ème siècle, créées par des riches étrangers, anglais, italiens ou croates. Autour, un tissu vernaculaire s’inscrit dans la topographie, créant un ensemble de ruelles en labyrinthe. Les maisons plus modestes, faites de tôle et de bois, arborent des couleurs franches et distinctes. Ces couleurs typiques et les tôles des maisons sont issues des peintures et matériaux utilisés à l’époque sur les bateaux du port. La légende dit aussi qu’aucune maison ne doit avoir la même couleur que celle de ses voisins.

Les conditions géographiques particulières (relief, baie, forte démographie) ont poussé les habitants à s’adapter et à mettre en œuvre des procédés novateurs (funiculaires par exemple). La diversité induite par la présence d’étrangers et par les contraintes du site ont permis de créer cette ville si particulière.

 

 

Les cerros Alegre et Concepcion ainsi qu’une partie de El Plano ont été classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 2003, avec pour objectifs de préserver l’identité historique de ces quartiers liée à :

« un environnement géographique et topographique particuliers ; des formes urbaines, son plan, ses infrastructures et son architecture ; et les influences de populations venues de différentes parties du monde. »

 

Le classement du centre historique de la ville (23 hectares) à l’UNESCO a donné à la ville une renommée internationale au niveau touristique. La mise en œuvre de cette protection pose cependant des problèmes lors de la réhabilitation des bâtiments. Les incendies et les tremblements de terre sont nombreux dans la ville, lorsqu’un bâtiment est détruit il est rarement reconstruit. L’UNESCO, qui n’offre aucuns financements – simplement une renommée touristique, impose un cahier des charges complexe et un coût que personne ne peut assumer.

Les quartiers Concepcion et Alegre se sont construits spontanément, avec les moyens modestes des pêcheurs ou des budgets illimités de riches étrangers. Ils font aujourd’hui face à un dédale de règles qui fige l’évolution du tissu urbain. On assiste alors à la muséification de la ville, autrefois si bohème. Le street-art permet cependant d’animer l’espace public et de faire perdurer l’âme de Valparaiso.

Une centaine d’artistes graffeurs dessinent dans la ville et certains sont engagés par la municipalité pour réaliser des fresques décoratives. Cet art, issu du milieu populaire, fait à présent partie des particularités de la ville et participe à sa renommée touristique. Ces fresques dénoncent et abordent des sujets de société (Mapuche, mondialisation, politique…).

 

 

Depuis son déclin, la ville est tiraillée entre deux mondes : la modernité, la libéralisation, le tourisme et la préservation de son patrimoine. D’autre part Valparaiso subit une forte pauvreté, perchée sur des cerros à l’abris des regards de la mondialisation (port et touristes). En s’ouvrant au tourisme, Valparaiso a pu préserver son architecture typique et valoriser son patrimoine (restauration des ascenseurs par exemple). En contrepartie, elle a un peu perdu son âme et sa spontanéité. Heureusement la ville attire encore de véritables artistes qui animent les passages, entre bijoux de pacotille et magnets Made in China.

 

Caroline

 

Sources :

https://whc.unesco.org/fr/list/959/

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2006/07/15/chili-le-declin-de-valparaiso_795773_3208.html#WH8OEvkHuCkOJhXM.99

 

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Valparaiso
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2 avis sur « Valparaiso »

  • 5 juin 2018 à 22 h 19 min
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    Merci ma chérie 😅 pour cette belle visite commentée de Valparaiso qui nous donne envie d’aller sur vos pas qui rejoignent ceux de Pablo Neruda. Voir son poème qui va arriver en 2ème partie. Bisous

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  • 11 juin 2018 à 23 h 12 min
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    Merci Caro. pour ces détails précis sur Valparaiso. Cela renforce mon envie de venir voir par moi même ce qui s’y passe ….les photos avaient déjà commencé le travail
    Bisous

    Répondre

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